Galeiliante
Galeiliante

26 juillet 1999

Mon père est mort plusieurs mois plus tôt. Je me sens affreusement mal cet été-là. J’ai perdu un ami avec les vacances, mon seul ami. Je n’ai pas su dire, faire, agir … pour que le lien ne s’étoile pas. Il me manque. Je me sentais en sécurité dans cette relation sans ambiguïté. Cela m’a profondément affecté. Je suis seule ou en compagnie de ma mère. J’étais mal. Je venais d’avoir internet. J’avais commencé à échanger sur Usenet sur un groupe pour les enfants d’alcoolique. C’est un grand pas pour moi. Cette solitude intense me fait aller extrêmement mal et m’effondrer. Ma mère ne fait plus que boire/se droguer et bosser. Je ne vis qu’à son rythme à elle. Je passe mes journées entre emails, recherches sur internet, me faire mes repas/courses (ma mère me donnant des sous et je dois me démerder seul) et regarder la télé. J’ai aussi commencé à échanger sur un groupe pour personnes souffrance de troubles de la conduite alimentaire.

J’échange sur le sujet de L’ado. Je n’en ai plus parlé a personne depuis mes 11/12 ans. J’ai cette part de doute, cette part de moi qui préférais croire que ce n’est pas vrai, que j’ai imaginez ma vie. Parce que, paradoxalement, je vis l’idée que cela ne soit pas arrivé dans ma tête comme un signe de folie. Et il m’est soulageant, je peux être soigné. Parce que ça serait mieux de ne pas avoir vécu cette vie.

J’ai passé la journée entre mon lit et mon ordinateur. Cette après-midi-là, j’ai regardé le nom, prénom de L’ado dans l’annuaire des pages blanche en ligne. Je me dis que je vais tenter de l’appeler. Cela rumine en moi toute la journée. Oui ? Non ? Il est 21h ou plus. C’est la fête. La nuit tombe. Je me lance. Mon cœur bas la chamade. Il décroche.

« Allo ?
_Bonjour, c’est Anne P. Tu te souviens ? La petite fille que ta maman gardait.
_Oui, oui, je me souviens.
_Est-ce que tu as du temps ?
_Oui, oui.
_J’aimerais te parler du poulailler…
_…Désolé, je n’ai pas de temps. »

Il raccroche sans que je ne puisse rien ajouter. Cette voix, sa voix…elle a raisonnée en moi comme un couteau dans ma trachée, comme coup un poignard dans mon cœur, comme un scalpel dans mon cerveau. Cette voix m’a mise en lambeau car elle rebondit en moi. Je n’ai rien imaginé. J’ai voulu de tout mon être devenir folle mais je ne le suis pas. Mon corps hurle de douleur, mon vagin se resserre sur lui-même, l’air disparait de moi. Je suis fracassée. Je voulais être folle. Tout aurait été plus simple. J’aurais pu être hospitalisé, soigné de cette maladie mentale en moi et en guérir. Et pouf, cela ne serait qu’un souvenir. Mais non. Et je sens que la prise en charge pour m’aider dans cette réalité est merdique.

J’ai pleuré, paniqué, pris une douche brulante, et j’ai mangé, vomis toute la nuit. Au petit matin, j’ai sombré dans le sommeil. J’ai passé les jours suivant dans le brouillard. Même cette nuit-là, je ne sais plus dans quelle ordre les choses se sont passé. C’est vague.

Les jours suivants, blackout. J’ai du survivre, en état de choc et ne pas mourir.

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