Galeiliante
Galeiliante

Bon appétit, ou pas

Nous étions à Brazey-en-Plaine, je suis jeune. Peut-être en primaire, peut-être au collège. C’était un soir, un mercredi, je crois. Mon grand-père est déjà mort. Je n’arrive pas contacter les détails de l’âge, mais je crois que j’étais en première année de collège. C’est un souvenir qui me coupe toujours le souffle. J’étais assise non loin de mon père autour de la table ronde dans cette cuisine d’où l’on ne peut pas s’enfuir facilement. Sur ma droite, il y a une armoire qui fait je suis coincée. A ma gauche, il y a mon père.

Je me souviens qu’il est tard. La tension monte chez mon père. Je ne sais plus ce qui l’anime. Il me crie dessus. Je ne comprends pas pourquoi je l’énerve. De toute façon, je suis souvent dans l’incompréhension quand il s’énerve.

Il se focalise sur ma façon de tenir ma fourchette. Nous sommes en plein milieu du repas. Je me souviens qu’il y a des saucisses dans mon assiette et de la purée mousseline. Et puis, il crie de plus en plus en fort.

Il me reste le flash. Il y a la douleur vive, puissante qui m’irradie et qui tombe et je ne saisis pas d’où. D’un coup comme ça. Tout mon corps a mal. Ma main gauche se crispe sur la nappe. Elle sert le tissu. Je ne suis plus un corps. Je suis juste cette main gauche qui à mal. J’ai tellement de souffrance. Je vais mettre plusieurs seconde pour regarder ma main. Je suis étourdie de douleur. Prise d’une incompréhension quand je vois cette fourchette plantée sur 0,5 millimètre dans ma si petite main. Elle m’a l’air si petit avec la fourchette qui reste vaguement droite. Je regarde ma mère. Elle a le regard absent d’une ruminante qui regarde au loin sans percevoir le monde prise dans un ennui de la vie si profond.

Je fini par hurler. C’est peut-être 10 secondes après. Il y a quelque chose qui est rester en apnée. J’agite ma main frénétiquement. L’ustensile tombe. Je perçois vaguement mon père sur ma gauche. Il se lève. Je sens sa rage. Je ne veux pas mourir, je me sens en danger.

Vite, vite : une porte de sortie, une solution, une ouverture. Fait chier cette armoire. Je suis debout entre ma chaise et l’armoire, je ne sais même pas comment j’ai fait ça. Je tente de passer, de pousser la table. Il la repousse et me coince là. Ma mère continue à manger comme si de rien été. Je fini par me rabaisser le voyant se diriger vers moi. Je vois une issus en un quart de fraction de seconde : je peux passer sous la table. Je pousse la 3ème chaise. Celle où je suis habituellement. Je passe. Je me mets à courir. Il hurle. Je ne comprends rien. J’entends juste le son de sa rage. Je cours, je cours. Mais je ne suis qu’instinct et peur. Je cours dans ma chambre. Il marche d’un pas vif derrière. Je ne peux pas sauter par la fenêtre, elle est au 1° étage. Je n’ai aucune issue. J’aurais de l’aller à la cave, je n’y ai pas pensée. Je me mets en boule dans mon lit. J’ai quelques seconde pour prendre de l’air. Je n’arrive pas à laisser entrer quoi que ce soit dans mes poumons. Je n’ai plus conscience de ma main depuis que je suis debout. Il arrive, il pousse ma porte. Il me frappe, coup de poing, claque, je ne sais plus. Je suis rouée de coup. Il s’arrête d’un coup, pris par la fatigue de sa rage. Je reste là, couchée, figée, sidérée, immobile. Je n’ose pas déplacer un muscle. Je prends de toutes petites inspirations. Il retourne sur ses pas. J’entend qu’ils s’éloigne. Je suis incapable de bouger. Dès qu’il s’éloigne, bestialement mon corps se rappel à moi. J’ai mal, j’ai des larmes qui coule. Je me roule sur moi-même. Je me replis. Ma main, mon ventre, mon dos, mes épaules, mes jambes, tout me fait mal. Chaque muscle, chaque articulation, chaque partie de moi est dans le supplice d’être vivante. Mais qu’est-ce que cette main est présente à moi ! J’appuie dessus avec ma main droite. J’essaie de faire disparaitre cette douleur. Je saigne un peu. D’ailleurs, je constate que j’ai un drôle de goût dans ma bouche. Je déplace ma main encore capable de ressentir vers ma bouche. Je touche mes lèvres. C’est humide. Je regarde le bout de mon index et de mon majeur. Du sang.

Je ne sais pas combien de temps je passe là. Je m’endors dans mon urine. Je ne sais même pas quand j’ai fait pipi. Ma mère viendra me réveiller en pleine nuit, ou peut être tard dans la soirée. Elle me mettra un pansement, me dira de me changer, de changer mes draps. Elle met ma couette à laver. Me file une autre chouette bleu. Je l’ai toujours. Elle me rassure. Elle n’est pas dans la douceur mais dans les ordres : Ni méchante, ni dure, juste ferme. Je me souviens qu’elle me dit « tu n’a qu’à bien te comporter » au pourquoi d’incompréhension qui m’habite. Je ne comprends rien. Je sais que je ne tenais pas bien ma fourchette. Mais rien ne fait sens.

Le lendemain, à l’école, personne ne me demande ce qui s’est passé. Je suis blessée, cassée psychiquement, courbature. Mais, je n’existe pas dans le regard de l’école. Je suis invisible, pas importante. Alors, je crois que c’est normal tout ça. Parce que si c’est normal. Ça doit être supportable. Et je peux le supporter.

Je n’aime pas qu’on touche le dessus de ma main gauche. Elle tressaille. Souvent, aujourd’hui, encore plus de 25 ans après cette agression, je caresse cette partie de moi. Je cherche encore à l’apaisée.

Très vite après cet évènement, j’ai cru que j’avais rêvé les choses. Ma mère me disant qu’il n’avait jamais fait ça. Pourtant, c’était le cas. Mais elle faisait tout pour que je me crois folle. Elle le protégeait.

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