Galeiliante
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« Je dois le faire »

Nous sommes en lorraine, je suis en maternelle. Comme souvent, je dors chez Tata. Mes parents travaillent de nuit, enfin je crois. Il arrive communément qu’un de mes parents travaille et l’autre soit à la maison. Mais c’est visiblement une plaie, à cette époque, de s’occuper de moi solo pour ma mère uniquement. Comme toujours, je n’ai pas envie d’être là, encore plus parce que je maitrise l’agenda de ma géolocalisation nocturne.

Nous avons fini de manger. Je suis passé dans la salle de bain. Je suis en pyjama. Je suis en pleure. Je dois aller au lit. Je me sens abandonnée dans cette douleur, incomprise. Cette nuit, je ne dors pas avec le frère de l’ado, ni avec leu grand-mère. Dans les ténèbres qui s’approche, c’est avec l’ado que je vais devoir tenter l’impossible sommeil.

Je suis dans le lit du frère de l’ado. Tata m’a mise au lit avec tendresse. Je suis dans le noir. Elle ne met pas de veilleuse, la lumière dans le couloir. Ma terreur du noir, elle veut la faire disparaitre. Elle veut me faire grandir. Pourtant, elle n’a pas conscience que c’est elle qui l’alimente en partie sans le savoir.

Tata est tendre avec moi. Elle me borde, me fait un bisou sur le front. Elle ne sait pas ce qui se passe. Elle est maternante. Je pleure. Je demande juste de rentrer à la maison. Je suis quand même fatiguée. Elle s’en va à l’étage en dessous. Je suis prise par le devoir chlore mes yeux.

Dans cette chambre, le lit de l’ado et du frère de l’ado son collé l’un à l’autre. Du coté du lit du frère, il y a une grande penderie. Il y a juste la place pour les lits, leurs affaires. On ne fait que dormir là. Je m’endors malgré ma volonté de luter. Parce que la façon dont Tata me met au lit est intensément ce dont je rêve.

Quand l’ado vient au lit, ses parents, son frère, sa grand-mère restent en bas. Il n’a pas obligation de venir si tôt là. Il a fait comme souvent, il se déclare fatigué. Quelque chose en moi se réveille d’un coup. Les pas dans les escaliers ? Je ne sais pas. Il vient pas étouffés. Je suis droite comme un i. J’ai larmes qui coulent. C’est mon rituel dans la douleur. Il va de son coté du lit. Il allume sa lampe de chevet. Il s’installe. Il éteint. Il se glisse dans le lit. Je respire avec anxiété.

Il se faufile près de mon oreille. Il me dit « vient ». Je ne bouge pas. Il me tire vers son coté du lit avec la facilité de sa taille. J’avais mis ma peluche, un ours blanc avec des tissus rouge à pois blanc dans les oreilles, une poche sur le ventre, entre moi et lui. D’ailleurs dans cette poche aux mêmes tissus, il y a un mouchoir, lui aussi rouge à pois blanc. C’est la première peluche que mes parents m’ont offert.

Je suis là, je sens le tissu synthétique de sa couette verte et brillante. Il y a une odeur de sueur, de fauve, une odeur de nausée, ma nausée. Il y a un gout métallique et acide dans ma bouche.

Il retire le bas de mon pyjama. Il se met sur moi. Il bande. Il commence ses va-et-vient. Je tourne la tête vers ma peluche, vers César. Je lui demande dans ma tête de se souvenir de tout ça, de trouver les mots à l’intérieur de ma tête.

J’ai mal, je crois. Je suis là, lasse, le regard vide, la tête qui se tourne vers ma peluche. Je ne sens que les odeurs, le changement de pression dans l’air ou sur mon corps. J’entends sa voix qui dit en boucle « Je dois le faire, je dois le faire, je dois le faire… ». De toute façon, papa fait pareil. Alors, oui, il doit le faire. C’est ça ma vie. Je suis juste triste de ce qu’on doit me faire.

Il va vite. Il m’essuie, remet mon pantalon de pyjama. Il me renvoie de mon coté du lit. Quelqu’un monte dans les escaliers. Il prend une voix plus dirigiste. Il maugrée que je n’ai pas besoin de câlin, qu’à cette heure-ci, je dois dormir et que je dois retourner dans mon lit. Son papa passe la tête dans la porte de porte de la chambre et m’intime l’ordre ferme de dormir à ma place. Je m’exécute. Je pleure en silence, toujours.

L’ado ne m’a jamais dit que c’était un secret. J’avais peur. Je ne disais rien. J’allais au lit avec plaisir quand je dormais avec la grand-mère ou le frère. Je les aimais bien, eux. Ils étaient gentils avec moi.

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