Galeiliante
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L’ancien poulailler

Chez ma nourrice, il y a un poulailler, comme dans beaucoup des maisons du coin. C’est un bâtiment en dur. C’est quelque chose de courant dans la région, je crois ; enfin, je ne sais pas… Tout le monde jardinait, tout le monde avait des poules à une époque, plus maintenant, plus en ce temps-là. On y revient aujourd’hui. J’en ai vu dans plusieurs maisons de ce quartier mais ce n’est pas mon quartier. J’ai l’impression de ne pas faire partie de la communauté. Je crois que mon père a réussi à faire chier plusieurs de voisin alors j’en paie les conséquences.

Ces petites bâtisses se sont vu investis en différentes fonctions. Le poulailler, ici, était en deux parties : une avec des grilles ouvertes sur l’air extérieur et,  l’autre pour garder les poules au chaud. Il sert d’atelier et d’espace de stockage pour meubles de jardin et quelques jouet pour moi en ce temps là.

Un jour, je ne sais plus si j’avais eu école ou pas. C’est une après-midi. Il y avait un beau soleil. Il faisait très beau. C’était un air doux et légèrement chaud, juste ce qu’il faut. Il y a l’odeur de la nature qui est encore un peu fraiche. L’herbe est verte, grasse, verdoyante. Les couleurs sont intenses. Je suis assise dans l’herbe qui est juste devant le poulailler. Je joue avec Arbre magique de L’ado. L’ado et L’ami sont là. Ils discutent. L’ado a compris que je suis amoureuse de L’Ami comme une enfant si jeune peu l’être. C’est enfantin. Ils viennent vers moi avec un truc soi-disant super chouette à me proposer. Si on faisait un film avec cette scène, on focaliserait sur l’arbre magique rester seul dans l’herbe avec L’ado devant la porte du coté fermer du poulailler.

Mais la réalité… C’est qu’il y a des chaises dans ce lieu. Un lot de 6 chaises avec des vagues coussins inconfortables. On les sort pour manger dehors en été, je crois. Ils ont mis 3 chaises face à 3 chaises. Un lit symbolique, le confort en moins. Dans cette pièce dont j’ai une mémoire nébuleuse, je me souviens de ces moches coussins rouge et jaune avec, je crois, des fleurs… des chaises marrons.

C’est L’Ami qui commence. Il me fait baisser ma culotte. Je suis à moitié nu. Je dois me coucher sur ce lit des plus inconfortable. Il bande. Il se met sur moi. Il y a mes jambes écartées par son corps. Il y a de la lenteur dans son mouvement. Il rentre si lentement, peut-être pour voir s’il y a la place ? Mon vagin est déjà un terrain d’exploitation pour mon père, c’est open bar visiblement. Ça rentre comme dans un beurre mou qui a passé sa journée hors du frigo en été. Il va et vient de plus en plus vite. Il me regarde. Et moi je détourne la tête. Je détourne toujours la tête. Ce n’est pas un échange. C’est une performation, une rupture de mon corps. Mais c’est aussi une réalité. Tout le monde semble faire ça. Il n’a même pas conscience qu’il me confirme que tous les gens qui aiment vraiment font ça. J’ai mal. Ce n’est pas la douleur aigue. Il agit en douceur. C’est une douleur sourde, profonde, ténébreuse, voilé. C’est une version de l’amour qui échappe à l’amour. Il s’excuse de me faire mal. Je ne suis plus du tout dans cette amourette enfantine. Je me contente de l’effet de la masturbation. J’aime bien ce que ça me fait. On me le reprochera, plus tard. Mais pour l’instant, dans ce lieu, ce plaisir qui se voit dans la jouissance qui se dégage chez moi vend l’illusion que ce qui se passe est acceptable. Mais, une chose est sûre, moi, je ne l’aimerais plus jamais. Il a tout gâché. Il aurait dû me faire juste un bisou sur la joue et j’aurais été au paradis des petites filles L’ado est dehors. Il fait le gai pour qu’il ne soit pas pris la main dans le sac, le sexe dans mon corps.

Ils savent mais moi non que ce qui a lieu ici n’est pas autorisé.

Je sais qu’après, c’est L’ado qui prend le relais. L’ado, je n’ai pas de souvenir précis de cette fois-là. C’est la trace de la violence, de la performation, de l’effraction, de la coupure, de l’incision dans mon âme, de l’écorchure. C’est la trace d’une brutalité qui ne me prend pas en compte. C’est la trace d’une frénésie. Il ne me viole pas dans la douceur. Il me viole dans la férocité, animal, bestial. Il est acharné. Il y a une odeur de fauve, de carnassier ; dévorante, suffocante, inouïe, asphyxiante. Il y a de la petitesse chez moi. Il y a le dos qui souffre. Il y a le corps qui ne ressent plus que le dos qui n’est que douleur. Il n’y a plus réellement de corps. Je suis désincarné.          Il y a une braise qui me dévorât de l’intérieur. C’est rapide, rustre, primitif. Je suis une poupée déshumanisée. Il y un son dont rien ne fait sens, un grognement lubrique. Il y a son corps sur moi. L’essoufflement.

Je ne pleure même pas. Je ne suis pas triste. Je suis morte. Vivante, mais morte.

Je ne verrais plus L’Ami. Il restera L’ado. Je regretterais la façon de faire de L’Ami. Parce que c’est les viols les plus supportables que j’ai vécu. Et oui, j’ai fais une échelle de ce qui mes vivable et de ce qui me dévore.

J’imaginerais L’Ado et mon père agissant comme lui pendant leurs agressions. Une sorte de fuite.

Avec le recule je me demande si une amitié peu survivre à l’âcreté d’un tel après-midi. Que se sont-ils dit ? Comment ont-ils négocié le secret. À moi, ils m’ont dit de me taire. J’ai obéi. De toute façon, il n’y a rien à dire. C’est ce que font les gens qui aime vraiment. J’ai de la chance. Alors pourquoi, je suis morte ?

En sortant de là. Je me suis assise près de l’arbre magique. J’ai arrêté de jouer. Là aussi, je n’étais plus en sécurité. Le monde est donc si hostile ? Les couleurs étaient devenue triste, la nature vivante était mourante, à mon image.

Il me semble important de dire que si L’ado et L’ami ont pu le faire et que je n’ai rien dit, c’est parce que mon père m’a façonné pour vivre ça et qu’il m’a sculpté pour taire l’indicible. C’est un peu comme si j’activais le détecteur à salopard. L’Ex, Le mec de parc (un homme qui s’est branlé a coté de moi un jour où j’ai séché le cours de natation, j’ai donc tue se moment), Le Soignant, tous ont vu ce t-shirt que vous ne voyez pas mais qui est encore là. Être agressé : ça fait partie de ma vie. Et je n’en ai plus envie. Pourtant, c’est un code non verbal tellement marqué dans mon langage corporel. Dans la rue, j’ai souvent peur. J’ai raison d’avoir peur. Un jour, ne porterais plus cette trace. Un jour.

La conjugaison change dans ce récit, c’est parce que ce souvenir est encore dans mon présent.

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