Galeiliante
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Mozart, sa vie, ses œuvres

 « Mes enfants, mes amis, mes camarades… », la voix de Gerard Philipe a bercé mes endormissements jusqu’à ce que je quitte la France. J’ai reçu 3 CD histoire dont Pierre et le loup et Mozart, sa vie, ses œuvres. J’ai mis plusieurs fois par semaine l’histoire de la vie du génie musicale.

La voix de Gérard Philipe avait quelques choses de profond pour moi. Elle était une enveloppe sonore. Elle remplissait de douceur, de réassurance un espace d’angoisse. Elle avait cette capacité à me faire oublier le réel et surtout à m’apaiser. Je m’endormais sur les ondulations de sa diction intense, clair, posée avec justesse.

Ces CDs ont été mon entrée dans l’effet positif de l’enveloppe sonore, une cape faite des vibrations de l’air. Cela ne m’a jamais quitté. J’ai diversifié. Gérard Philipe s’est peu a peu effacé pour laisser de la place à de la musique, à des sons de la nature.

Kérel Proust dit « En effet, dans le registre archaïque de l’infans, c’est l’expérience vibratoire, sensorielle, qui prime sur l’expérience sémantique ou langagière », rajoutant que « Le fœtus, durant toute la grossesse, va principalement commencer à s’ouvrir et à s’éveiller au monde à travers la sphère sonore » sans oublier l’évocation de la berceuse comme effet de contenance. K Proust disant « Ici la notion de contenance s’entend dans le sens qu’en donne D. Anzieu (1985) dans sa modélisation du Moi-peau, où elle opère à partir de la mise en place des fonctions de maintenance et de pare-excitation. ». Ce sont des propos qui me parle, me font écho, font sens avec mon histoire, le silence du désamour.

Je n’avais pas de paroles de mots sur le vécu. J’avais un taux d’échanges avec mes parents très faible. J’ai toujours trouvé que j’étais sous équipé en mots. D’ailleurs, c’est surement pour cela que j’aime autant les explorer aujourd’hui.

Mais au-delà des mots, ma mère n’avait pas cette consistance maternelle à me porter, faire de ses bras un nid de sécurité accueillant. Elle mettait en scène sa parentalité mais quand nous étions en huit clos, la solitude était l’éthérique amie qui prenait toute la place. J’ai du coup commencé très tôt à parler. Parler pour remplir l’espace d’omission des vibrations, de la solitude, pour m’auto-convaincre que ma présence était suffisante à combler le vide.

Quand mon père a commencé à travailler dans un magasin d’Hifi, il m’a offert ses 3 CDs, surement parce que cela faisait bien au boulot. J’avais grandi avec l’absence de voix contenante, berçante et me donnant le sentiment de vivre, de faire vibre chez l’autre quelque chose qu’il me renvoyait. Alors, la magie de cette voix aux accents d’authenticité, ça m’a percuté, transpercé, rassuré.

J’ai aussi découvert combien le son me faisait du bien. Je me couchais régulièrement sur les enceintes de ma chaine hifi dans ma chambre. Sentir les baffles faire vibrer ce qui était en moi, mes organes, mes muscles, mes tissus, mes cellules. Cet écho contribuer à me faire saisir que j’étais dans le camp des vivants et non des zombies.

J’ai une horreur du bruit. Le Bruit, c’est mes parents me laissant seul, c’est l’attention au détail des sons d’une maison qui vit, qui m’angoisse, rappel l’inconsistance de mon existence.

J’ai la conviction que le  vécu, tout bébé dans un flux sensoriel auditif fort, entendant le son interne du corps de ma mère, de son cœur. Mais aussi mes voyages avec elle, je flottais dans le service de pédiatrie où elle était infirmière. Je l’entendais douce, tendre, gentil, bienveillante avec les enfants. Alors forcément, j’ai dû déchanter à la naissance. Tout ça pour eux, rien pour moi. J’ai les souvenir de moi allant à l’hôpital où elle bossait en Moselle, plus grande. Je la voyais telle qu’elle n’était jamais avec moi. Et, je me souviens du silence interne, du vide et que cela me touchait. Ce silence avait fait place au son d’un paradis perdu d’ouïe.

La musique m’a fait me sentir exister, a remplacé et remplace ces bras si tendres d’une mère qui vous accompagne vers le pays des rêves, qui console les peines, qui apaise la tristesse.

Rien.

Alors, j’ai commencé à flotter dans les notes. Ces gens inconnus m’offraient plus de tendresse, d’amour, de présence alors que je n’existais pas pour eux.

Goldman, Smashing Pumpkins, Nirvana, et bien d’autres. Il y a Believe chanté par Franka Potente qui me vrille, Luka de Suzanne Vega qui me brise. Il y a Thiéfaine qui m’envole, Fauve qui me fait m’échapper, Goldman m’offre une ritournelle enivrante, Blur, Police, Duran-Duran… Cela n’est pas toujours des musiques de bon goût mais elles racontent toujours quelques choses. Quand j’entend la chanson d’Astérix du grand orchestre du splendid, ce n’est pas la chanson qui me fait écho, mais c’est le souvenir de cassette audio de mes parents que j’écoutais sur mon walkman.  « C’est le village d’Astérix et son copain Obélix…lalala », et me revoilà à l’arrière de notre voiture roulant vers la lorraine pour revoir mon grand-père et mon arrière-grand-mère. Je vous accorde que ce n’est pas le tube de l’année mais il est chargé d’une émotion forte. Il y a ces Playlists avec la pluie sur des toits qui me rappelle les nuits d’été dans le chalet de mes grands-parents.

Je ne sais pas sortir dehors sans musique. Je paie Spotify pour survivre au dehors et les écouteurs Bose s’assurent que je suis bien contenu.

J’explore la musique non pas pour qui chante mais pour ce que cela me fait sentir de vivant en moi.

Merci Gérard, vous êtes mort avant même que je n’existe. Mais vous m’avez sauvé. Merci. J’ai pu trouver un support pour survivre grâce à vous.

Ps :Les gens, arrêtez de rire de mes gouts éclectique, parfois de mauvais goût. Ils ont un sens. C’est parfois la rare trace d’espoir dans le noir. Je peux écouter du Steam punk, de la musique expérimentale, du classique. Je me sens mieux avec la musique et sans bruits.

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