IronAnne - chapô
IronAnne
IronAnne

Un baisé dans le cou, une main sur mon sexe

Ce texte est écrit par une personne présentant entre autre une dyslexique et dysorthographiques. La forte charge émotionnelle de cette écriture aggrave l’expression des troubles dys* de ce fait orthographe, grammaire et syntaxe sont affectées par l’exercice testimonial ici partagé.

C’est là depuis des jours, depuis vendredi et impossible de dissocier. Et ça, c’est dangereux. Quand on a des réviviscence, il faut dissocier. C’est essentiel. C’est de la survie. J’espère profondément qu’écrire ce que je vis là, va m’aider. Parce que je ne vois pas comment faire sinon. Je n’ai plus aucune piste. Je sens mon corps qui subit le stress, encore et encore à chaque fois que cette reviviscence qui tourne en boucle dans ma tête vient se plaquer sur l’instant présent. Je sens toute ma physiologie qui supporte de moins en moins les doses de cortisols. Mes articulations sont douloureuses d’ailleurs. Et, j’ai extrêmement peur.  Ma mémoire traumatique déborde et je me sens terriblement seule face à ce que je vis dans mon corps. J’ai perdu mon axe de coupure, ma barrière de sécurité en comprenant qu’elle était là. Et me voilà perdue dans ma mémoire. Je n’arrive pas à retrouver la barrière de sécurité. Je me sens abandonné à des sensations perverses, dégradantes, sales. Il y a la souillure, le dégout, la répugnance. J’ai peur d’en mourir si le mécanisme dissociatif ne s’active pas. Je comprends la mécanique vital qui est en jeu.

Tout le week-end, j’ai voulu demander de l’aide. Mais je me suis vue, revécu comme interdite, seule face à ces moments-là, piégé dans l’enfance. Je n’ai pas pu adresser cette demande. À qui ?  Je n’ai pas senti d’espace pour qu’elle soit reçu. D’ailleurs, j’ai empêché ces possibles espaces d’exister au risque de faire mal à l’autre, au risque d’inscrire une espèce de dépendance. Je sais que je suis sujette à ce risque-là. Je ferme tout. Et puis je veux protéger les gens que j’aime des spectres qui m’habitent. Parfois, je les entraine dedans. Je l’ai fait vendredi et je le vis dans une culpabilité sans fin et sans fond. Je n’arrive même pas à aller le dire clairement, simplement. J’ai été mordante, piquante, dans la défense et envahissante. À une main tendue, j’ai répondu par une tricherie, une tromperie. Un mécanisme qui dit « non » alors que je vis un oui. C’est la question du donner, du recevoir. J’ai conscience que je peux donner à l’autre beaucoup mais recevoir, c’est un chemin que j’ai interdit. Je sais que j’ai appris à donner mon corps à mon père. Et je recevais sa souillure. Alors recevoir, c’est flippant. D’ailleurs, je suis dans la perversion de m’adresser à une personne dans ce billet au lieu de lui parler. Je ne lui dis pas « désolé, j’ai pris peur. Merci, oui. J’accepte. On fait ça comment ? ». Tout le week-end, j’ai préféré vivre notre relation comme aliénante pour l’abimer, l’éloigner de moi. Je crois même que j’ai voulu l’abimer lui. C’est effrayant car ce que j’ai mis en jeu dans la relation… J’ai fais ça tout seul dans ma tête. et je m’en veux car ce n’est pas lui mais moi qui suis le problème. Je n’ai pas réussi à lui dire les choses. Et je nous ai noyé, dans la relation amicale, dans les mots. Trouver comment la coloré de plein de chose malsaine répond parfaitement au message relationnel que mon père mettait à mon endroit durant la période de ma réviviscence. À cette époque, je recommencé a tissé des liens. Et il me disait que les gens me voulaient du mal, voulaient m’utiliser, voulaient se servir de moi et faire de moi un objet, m’enfermer dans un rôle. Alors, j’ai répondu dans le présent à cette trace ancienne. Et ma folie a pris le dessus.

J’ai cherché à gérer, à me mettre en pause. J’ai discuté avec une ami, un pote, regarder Buffy contre les vampires. J’ai espéré que les chutes dans l’épuisement couperaient le mécanisme. J’ai écrit un article, pas encore fini, pour ce blog, en pleine nuit…. Il est informe, à l’image de mon épuisement.  Ce matin, j’ai fui dans de la clinique pour mon TFE. A ces instant-là, les sensations étaient un peu plus à distance. Je me suis fait mal aussi. J’ai même essayé la masturbation. J’ai tout fait pour sortir de là. Mais nous sommes dimanche soir et je brûle. Je bénis avec joie de travailler demain car quand je travaille, je sais que je peux couper, car je dois couper ça.

Nous sommes vendredi, je suis à mon bureau entrain de suivre un cours. Je ressens une gêne à mon épaule droite, dans le creux de mon coup. Je sens une présence ancienne, large, massive dans mon dos. Mais dans mon dos, je le sais, il n’y a personne, il n’y a rien que le mur, le rideau. Mais je sens les 120 kilos de sa présence. Le réel s’éloigne et lui s’impose.  Je ressens son corps qui se penche vers moi. J’ai 15 ans, je suis à mon bureau en train d’écrire une lettre à une amie. Parce que nous avions pris cette habitude chaque semaine, le week-end, nous nous écrivions mutuellement une lettre et nous nous la donnions le lundi matin. J’ai en tête d’écrire à mon amoureuse aussi. Et lui qui se penche, il lit ce que j’écris. « Continue à écrire ». Je sens son corps oppressant. Il m’embrasse dans le cou. Je sens la chaleur de ses lèvres et leur sécheresse.  D’un simple bisous, il commence à se faire plus érotique frisants le suçon. La bave est restée sur ma peau plus de 25 ans. « Tu sais, c’est ça qu’elle veut de toi. Elle veut faire de toi son jouet. ». Sa mains gauche caresse ma poitrine. Je bénis intérieurement ma chaise qui m’évite de sentir son sexe que je sais en érection. « Continue, écris », susurre-t-il dans un érotisme répugnant. Sa main gauche descend sur mon t-shirt robe de nuit, sans culotte. Il me l’a interdit depuis si longtemps. Ses doigts vont vers mon clitoris. Il me caresse, habillement. Il me dit « allez continuer, écris, soit en contact avec la saleté de votre relation, avec ton vice ». Il me lèche le cou. Je sens la mécanique du plaisir venir, déborder. Je sens monter la jouissance, la chaleur, les sensations apaisante qui m’envahisse. Je sens ses mouvements de va et viens qui se frotte à mon siège. Je gémis et j’essaie d’obéir mais je perds pied. Je fini par jouir. La tempête s’apaise. Je m’enfuis dans le plaisir. « C’est ça que tout le monde veut de toi, c’est ça ma petite pute. Ils savent tous que tu n’es qu’en recherche de sexe. T’est une vicieuse et tu m’oblige à te le faire. Tu salis tout le monde ». Il retourne ma chaise. Par frottement son sexe est sorti de son caleçon bleu nuit, terne. Il m’oblige à une fellation.  Ma bouche explose dans la douleur de son sexe qui s’enfonce. J’étouffe. Je suis au bord de vomir. Il va dans la plus grande profondeur de ma gorge. La sensation est horrible. Il éjacule assez vite. C’est rapide. J’avale. Et le monde s’arrête. Je reste un temps infini assise comme une statue. Lui, il part. Je n’ai même plus de pensée.

J’ai rompu avec mon amoureuse. J’ai rompu avec mon amie. J’ai rompu toute mes relations. J’ai eu terriblement peur d’être un objet du désir de l’autre : me frapper, m’utiliser, me vivre comme une chose qui suce, lèche, comme une vicieuse qui oblige l’autre à subir ça de moi.

J’ai reparlé récemment à mon ex de l’époque. Elle n’a pas compris notre rupture. Je n’ai pas pu lui en donner les couleurs. Ça ne lui appartient pas. Je n’ai pas pu en parler à mon amie de l’époque, pourtant on se parle de temps en temps.

J’ai revu tout le week-end la jouissance crasse de ce vendredi soir, il y a près de 25 ans. Je respire à peine, je vis à peine. Je n’ai pas pu marcher de tout le week-end sauf pour pisser. J’ai mangé 2 vague repas. Manger, s’est vivre. J’ai mis du vide, de la cassure, de l’éloignement. J’ai décidé que j’étais trop dangereuse. Alors qu’en vrai, peu de personne me vive comme ça. Jeanne, dans les monologue du matin à écrire sur moi « Elle est devenue une personne solaire et puissante, un arbre-tuteur qui grimpe jusqu’au ciel et qui nous protège en cas d’orage. Quand ça va mal, elle trouve toujours les mots, à sa manière, avec sa douceur empreinte de résolution. Tu sais que t’es à l’abri avec Anne. ». C’est beau ce qu’elle voit de moi. M m’a dit un jour que deux couplets d’une chanson lui font penser à moi « But there’s a hope that’s waiting for you in the dark / You should know you’re beautiful just the way you are / And you don’t have to change a thing / The world could change its heart /No scars to your beautiful / We’re stars and we’re beautiful / Oh, she don’t see, the light that’s shining /Deeper than the eyes can find it /Maybe we have made her blind /So she tries to cover up her pain /And cut her woes away ». Une amie m’a demandé si je pouvais être là pour une de ses amies qui traverse son enfer personnel. J’ai dit oui. Mais ces gens ne voient pas ce que je vois en moi. Il ne voit pas qu’il m’habite. Qu’il y a toujours sa saleté en moi. Je ne suis ni celle qui protège, ni cette soi-disant chose qui a une vague beauté intérieur, un truc qui brille. Je suis terriblement habité par lui, contaminé au plus profonde mon vide de toute sa présence. Je ne suis pas tout ça, j’en suis loin. Je suis juste aussi mauvaise que lui. Je suis celle qui entraine les autres dans leur risque, je suis celle qui souille. Je suis celle qui réveille le pire de l’autre.

Le billet est fini. La sensation est toujours là. Les larmes coulent, comme tout le week-end. La respiration est faible et la haine de moi-même insupportable.

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