IronAnne - chapô
IronAnne
IronAnne

Un matin suspendu

Ce texte est écrit par une personne présentant entre autre une dyslexique et dysorthographiques. La forte charge émotionnelle de cette écriture aggrave l’expression des troubles dys* de ce fait orthographe, grammaire et syntaxe sont affectées par l’exercice testimonial ici partagé.

En ce moment, il revient souvent flotter à la surface de ma mémoire ce moment. C’est un de ses souvenirs dans lequel je peux me lover, m’extraire de ce qui me parasite, de ce qui me fait mal, de ce qui me brûle. J’ai 18 ans et mon père est mort depuis quelque semaines. Ma vie est clivée, je ne mélange pas mes bulles sociale. Je ne veux pas. J’ai peur de ces images différentes de moi, de ces réalités qui se rencontre. Que penseraient les gens de moi avec une mère tox et alcoolique ? Que penseraient mes connaissances et proche dans mon milieu scolaire qui m’enferme dans la naïveté de connaitre celui que j’aime ? que saisiraient les gens de ma sexualité complexe, faite de vague ? Alors j’ai monté des cloisons, des sas infranchissable. C’était ma protection. Et c’est encore là. J’essaie de faire tomber ses barrière mais ce n’est pas toujours possible. J’ai envie de garder dans des bulles le beau, de le préserver du reste. Je construis des ponts en parlant des unes aux autres, d’un aux autres. Mais je me sens toujours dans une zone d’insécurité, comme si j’abimais ces jolies bulle. Il y en a que je sens fragile même si elles sont solides parce que j’y vis mes fragilités. Je cloisonne toujours un peu.

Je partage ici un de ses moments précieux, une de mes bouées.

L’appartement de W, qui a 26 ans, est tout en enfilade. La première pièce est sa chambre qu’il faut nécessairement franchir pour aller dans la pièce de vie qui a une cuisine ouverte. La salle de bain est tout au fond. Le sol est un vieux parquet abimé qui craque et offre une impression captivante qui donne à penser que cet appartement est vivant, en mouvement. Il y a des plantes vertes dans la chambre, beaucoup. Je sais que ce n’est pas lui qui les entretient. Lui et moi sommes aussi douée en jardinage. Sa sœur vient chez lui pour en prendre soin. Elles sont le prétexte aux visites régulières. Il m’en parle. Il la laisse faire. Elle n’a pas besoin de prétexte pour lui mais il sait qu’elle a besoin de cela. C’est leur façon de faire avec ce qui est là, au milieu du jeux de quille et qui fait mal. Elles sont l’espoir du vivant. Elles sont importantes tant à ses yeux à elle qu’a lui pour toute ce qu’elles portent de symbolique.

J’ai passé la nuit avec lui. Ce n’est pas rare depuis la mort de mon père. On se fréquentais déjà avant mais c’était de tout petit moment volé à mes horaires sous surveillance. Là, c’est comme je veux. J’ai 18 ans et j’en ai plus grand-chose à faire des règles et loi que ma mère m’impose. Elle n’est jamais là. Alors, on profite du temps à durée déterminé qu’il nous reste.

Je suis nue. Je ne dors jamais nu sauf avec lui. Je ne l’ai pas fait avant, plus fait après d’ailleurs. Je suis au chaud sous des draps et des couvertures. C’est le genre de mec qui aime les couvertures mais tout cela est moelleux. Moi, je suis le genre de fille qui aime se lover dans des couettes volumineuse. Le lit est grand, la couverture est ocre. La lumière a déjà envahi la chambre. C’est l’air un peu frais qui m’a réveillé. Le souffle du printemps naissant. Je m’enroule dans les draps. Je m’y enveloppe. W. est à la fenêtre, il fume. Je le regarde depuis le lit. Mes yeux sont éblouis par la lumière blanche de cette journée. Comment fait-il pour être nu, la fenêtre ouverte ? J’ai l’envie d’aller l’entourée de la couverture mais je suis là, attentive, figée dans la beauté du moment. C’est juste parfait. Je soupire de tendresse. Il se retourne, il me voit. On sourit. C’est simple. Il jette sa clope par la fenêtre, il ferme la ferme. Il vient me rejoindre. Son corps est frais, le miens et chaud. On se chamaille, on rit. « Non, non, c’est froid ! » dis-je en riant, débordante de la joie de cette bulle. Lui me fait ses grands yeux, je vois ses pupilles marron, j’y plonge pleine de gourmandise. Et je me laisse attrapé. De la chamaille, on passe a de la tendresse, des baisers, des entrelacement du corps, une chorégraphie ou l’entremêle nos doigts, nos bras, nos jambes. Et puis je me pose dans ses bras, je m’y love. Le temps s’est comme toujours écarté de nous. Je somnole. Je le sens qui plonge dans mes cheveux, respire et dépose un baisé.  Il se décale et va vers l’autre pièce. Je l’entends au loin faire du bruit dans la cuisine. Nous n’avons quasi pas dit un mot. Je l’entends revenir. J’avais le regard plongé dans la lumière éclatante. Je me retourne. Un petit déjeuner. Je me redresse. Je mange avec lui au pied du lit. Il met de la musique. Et nous profitons en silence encore un peu. Je suis couchée sur le lit. Je lis un livre pour mes cours, l’étranger. Je sens qu’il est en mouvement. Des baiser au niveau de ma cheville droite, son nez qui remonte le long de ma jambe, sa langue qui se dépose à la racine de mon dos, dans ce creux sensuel puis il longe ma colonne vertébral. Il se couche sur moi. J’ai arrêté de lire dès que j’ai senti le contact. Mon cou qui s’offre à lui. Je le sens dans le désir. « Tu as envie ? ». La phrase flotte. Je ne réponds que par mon corps. Il se redresse, ses mains caresse mon dos dans une même action. Il est assis sur moi au niveau de mes jambes. Il se penche vers la table de nuit.  Il attrape un préservatif…

La sexualité qui existe entre lui et moi est à la fois douce et brutal, faite de code précis.

Quand je plonge dans ce souvenir, ce n’est pas la partie du sexe qui me maintient mais c’est avant toute cette danse. C’est sa peau rugueuse sur la mienne.

W., c’est une bulle qui est encore beaucoup dans sa sphère cristalline. J’aime y retourner me laisser bercer par les traces qu’il m’a offert. C’est le rapport a une entrée dans la sexualité mais qui prend son lot de risque. C’est l’entre deux. Un passage remplie de désir, d’amour, de sensualité et de consentement.

W. avait le VIH. C’est cela qui impliquait pour lui des codes était précis dans comment l’intimité se vit, le rapport au corps. Je savais comment tout se déployais. Toujours couvert. Si j’avais été du côté du désir de mort dans notre relation, cela aurait sellé la fin de non-recevoir.

Il avait une limite : le jour où il atteindrait le stade tu SIDA, nos routes se séparerais. J’ai longtemps mis cela sur la protection de ma personne face à un deuil mais je crois qu’il s’agissait aussi de lui, de garder des choses pour lui. J’aurais été là-dedans pour lui. Mais c’était comme cela. J’ai respecté ses demandes. Je n’ai pas cherché à savoir s’il était vivant ou mort. Je n’ai pas cherché à aller à son enterrement. Je suis resté dans cette bulle à nous. J’ai su qu’il était mort car je suis passé dans sa rue à Dijon et j’ai vu ses meubles partir, des yeux plein de larme de sa sœur, de ses amis. Avancer, la tête haute, laisser juste une perle de tristesse transparaitre et m’enfuir dans nos souvenirs.

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