Galeiliante
Galeiliante

Une nuit

C’est la nuit. Nous habitons à Brazey-en-Plaine à cet époque. J’ai 11 ans. Ma mère est trop bourrée, trop shooté aux médocs dans son lit.

Il y a une veilleuse dans ma chambre. J’ai peur du noir.Le CD tourne en boucle, la vie de Mozart conté par Gérard Philipe. Elle est défoncée, ma mère, je le sais… Je sais ce qui m’attend. « Ne pas dormir, ne pas dormir ». Il y a un carreau du carrelage qui fait du bruit quand on marche dessus dans le couloir. Derrière le son du CD, je n’écoute que ça. Impossible de venir dans ma chambre sans faire bouger ce carreau désolidarisé. En réalité, ce n’est pas si, mais quand il va bouger. Elle ne m’entendrait pas hurler vu son état. J’ai envie de faire pipi. Je me masturbe sur une peluche. Un ours marron. Il s’appelle Georges. Je sais que ça me fait du bien de faire ça avant. Toute façon, j’aime le shoot presque groggy qui ça me fait. Je sais plus respirer. C’est bon. Enfin quand je suis toute seule. Ça finira par être pareil avec lui.

J’ai un T-shirt avec Gros Minet. J’ai plein de peluches dans mon lit. J’ai glissé entre la tête de lit et le mur les copie avec des mauvaises notes que j’ai eu à l’école. J’ai mis une nouvelle house de couette avec des gouttes de différentes couleurs qui la décore. Je change mes draps tous les deux jours. Ma couette tous les 4 jours. Ça ne pose même pas question. J’ai peur. Je tourne en rond sur les détails.

Le carreau crisse sur le béton. Les pas ne vont pas vers les toilettes. Il ne dit rien. Il rentre dans mon lit. Il se glisse contre moi. Il est en caleçon, comme toujours. J’ai froid d’un coup. Son corps est chaud mais j’ai terriblement froid. Il bande déjà. Il se colle à moi. Il se frotte, encore et encore. Son sexe. « Viens dans mes bras ». Il sait que je ne dors pas. Je me retourne. Sa bouche s’enfonce sur ma bouche. Il enfourne sa langue profondément dans cette petite grotte qui est mienne. Il se frotte toujours à moi. Je sens son sexe dur. Je serre mes jambes. Il pénètre entre mes deux cuisses. Ça me gratte. « Ce n’est pas comme ça qu’on est gentille avec son papa ». Je n’ai pas envie d’être gentille. Mais j’ai encore mal au ventre d’il y a quelques jours quand j’ai résisté.

Je déroule mon corps sur le dos. Je vais être gentille. Il se met sur moi. d’avant en arrière. Mes jambes s’écartent. Je prends cher. J’ai mal à la tête fémoral de chaque côté. Mon bassin prend cher. Un corps est solide. J’ai pourtant l’impression qu’il va se briser en mille morceau avec son poids. Son sexe me fait mal. La douleur m’anesthésie. Je suis comme éclaté, déchiré à l’intérieur. Je savais qu’il venait. Il se couche sur mon corps. Il va vite. C’est rapide. Le but est d’éjaculer. Je le sens accélérer le rythme. Ça y est. Il s’effondre. Il a joui. Je suis incapable de bouger, étouffant sous ce gros, gras corps flasque. Il reprend son souffle. Ça dure une éternité.  Il se lève, je crois. Je ne sais plus. J’ai tellement l’impression d’être ailleurs. C’est un rêve ?

Il est là debout à côté de mon lit dans ce décor pourri. Je n’aime pas l’orange des rideau de ma chambre. Je suis debout, j’avance, je suis. Je ne suis pas là. Il passe sur le carreau. Il crisse, moi aussi. Il s’essuie au passage. Il vient toujours avec une serviette. Il la jette au passage dans la manne à linge sale qui est devant ma chambre. Ma mère refuse de voir la réalité. Elle croit peut-être qu’il se branle ? C’est ce que je me dis aujourd’hui.

« Va vite faire pipi ». Je n’ai plus envie. Mais je n’ai pas le choix. Encore. Je dois y aller. Je fais pipi. Ça brûle. J’essuie méticuleusement mon sexe. Ça gratte dans mon sexe. J’ai envie de mettre mes doigts dedans pour me gratter avec mes ongles*.

Il y a la suite. Je vais aller dans la cuisine. Il m’a fait un lait au chocolat. C’est comme ça. Il va me faire un gros câlin. Tout est automatique. Je suis le scénario. Je vais me coucher. Avant de m’enfouir dans mon lit, je change de CD. Au tour de Pierre et le Loup.

Je vais au lit. Je peux dormir. Il n’arrivera plus rien. Il est plus de 2h du matin. Je suis épuisée.

Demain, j’ai école.

*il s’agit de psoriasis des muqueuses. Il n’y a pas de mot pour décrire la violence de la douleur. Je n’ai pourtant pas crié. Je n’ai pas pleuré. rien.

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