Galeiliante
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Boite de pandore pour traverser l’enfer

Une amie, qui est devenue un membre de ma famille m’a posé, avec sa bienveillance que j’aime et dont j’ai fondamentalement besoin, une question sur l’accumulation des viols. Elle a questionné ce vécu complexe d’un chiffre si élevé, si étouffant, oppressant, submergeant de violence sexuelle.

Parce que cette question du « comment » on le traverse. Qu’est-ce que ça fait vivre ce chiffre titanesque en soi ? Il me semble vital dans parler et extrêmement complexe.

Il y a des viols qui m’ont fait « plus mal » que d’autres. De temps en temps, ils ont été dans un trop plein. Ce n’était pas forcément les plus violents. Simplement, humainement, parfois on vi du trop. Pour prendre une image accessible, c’est un peu comme quand vous enchainé les tuiles. Ce n’est pas forcement la plus grosse de la liste qui fait qu’on s’effondre, cela peut être un simple rappel d’une facture impayé de 10€ mais qui dans le contexte devient complètement étouffant.

J’ai vécu ce quotidien dans un coté passage sans vie de ma propre existence. J’ai regardé défiler les viols comme on regarde les paysages s’enchaîner dans un train à grande vitesse. C’est flou, absent. J’ai vécu surtout tout ceci sans vie, sans existence. Tout était morbide, déshabiller de l’essence du vital, du beau. Il y avait cette routine mortifère.

J’ai traversé le Styx mental, rejoint le territoire de Léthé dans le Tartare de l’esprit, m’abandonnant presque à Thanatos, triché avec Achéron, le tout dans mon mental. Ils prennent la forme de ces représentations dans ce que les mythes donnent sens à ce qui n’en a pas.

La dissociation est au cœur de cette traverser de l’enfer. Comment appréhender cette notion. Chacun a potentiellement une vision du voyage astral, de la conscience qui vole hors de soi, qui se fait absente du corps. Je ne comprends pas moi, du haut de mon expérience de vie, que l’on recherche cela. Je l’ai vécu autant de fois que j’ai pu et que j’ai su.  Absente, vide, sans vie, morte, dans la mécanique macabre, certes. J’ai dans cette dissociation, voyagé , revu des bouts du temps passé avec Pépé Erwin ; rêvassé devant la mémoire d’un épisode de Fifi Brindacier ; imaginé le bout du mode ; exploré des histoires, rencontré le lapin blanc et bu un thé avec Alice, joué avec Mathilda ; me suis lovée dans les ailes de l’oiseau bleu. J’ai fait dans cette horreur une autre réalité superposé en filtre a ce que je ne voulais pas voir.

Je ne sais pas réellement comment je l’ai traversé, parce que je ne suis pas sûre d’avoir fini de traverser tout ceci. Je peux vivre 2, 3 ans avec toute cette enfance au loin de moi, et puis replonger dans l’abysse quelques mois, quelques années. Est-ce traversable ? Franchissable ? Dépassable ? transcendable ?

J’ai une vision d’une accumulation informe sans existence, sans substance. C’est un tas dans un coton flou et sombre. C’est un monstre tapis dans l’ombre enfermé dans une zone sans état, sans esprit, sans choses, sans mots qui nous rend si vivant : sans conscience.

J’ai été spectatrice de mon existence. Si, pour ceux qui me connaisse en vrai, dans des rencontres en foule, je suis à distance, loin, absente. C’est parce que le trop, quand il prend le dessus me met au loin de la flamme de vie, loin de la substance qui éclaire l’esprit ou l’âme.

Je me vois comme une passagère morte dans ces temps.

On est en réalité en bouilli, écrasé, atrophié, dans un amalgame confus. On est dans l’irréel d’un réel trop prégnant qui nous tuerais. Il y a une distanciation. Parfois, souvent, quand j’en parle l’émotion ne vient pas, ne remonte pas à la surface. Littéralement, si elle sortait dans tout ce qui s’est enfermé dans mon amygdale, je risque d’en mourir.

Ce n’est pas une mort symbolique, ou imaginaire. On meurt réellement d’arrêt cardiaque de ces violences sexuelles. Pour rester vivant, il y a une boite de pandore des horreurs caché au très fond de moi. Il y a dans mon esprit une zone où je ne peux pas vraiment aller, sauf en demi vie ou morte pour ne pas voir mon corps s’arrêter de vivre.

Je ne suis ni forte, ni solide. J’ai une forteresse en moi pour ne pas lui cédé quoi que ce soit à se père. C’est une vielle, ancestrale lute de pouvoir contre lui. « Tu n’auras pas ça de moi ». Parce qu’il aurait gagner ce combat. Et non, ça jamais, il n’aura pas ma mort.

Je suis vivante mais profondément inadapté.

C’est l’occasion de dire merci à toute ces personnes qui m’aiment, qui sont toujours mes amies avec cette incapacité relationnelle qui est mienne. Merci à vous qui dépassaient toutes mes inaptitudes. Parce qu’elles m’aiment pour moi. Merci aux rare hommes aussi qui ont mon amitié de ne pas me mettre en danger. Vous êtes 2. Merci à mon compagnon, mes enfants. Merci.

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