Galeiliante
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Boulimie : My best friend… Not forever ? I hope so.

En toute chose traumatique, un prix sonnant, trébuchant sans ligne de crédit tombe sur ta vie. Tu adorerais en sortir sans être une bras cassée du quotidien, sans trainer ta petite casserole et trébucher comme Anatole au début de son histoire. Tu adorerais savoir comment faire corps avec ce chaudron, en faire un allié, un outil positif à défaut de pouvoir l’effacer.  Tu aimerais vivre légère sans être écrasé sous le poids invisible de ces actes qui te poursuivent tel des guêpes voulant  vers toi pour asséner sur toi leurs courroux. Tu serais ravie de faire ta vie sans avoir une part  de toi tel une ancre figée, bloquée, immobilisé dans le passé. Tu serais radieuse d’avancer sans cette chaine qui te relie au fond de l’océan des cauchemars juste à la droite des abysses. Cela serait merveilleux, mais l’humain est complexe.

Les premiers mercredi seul à Brazey-en-Plaine ont ouvert la porte à la boulimie. J’étais seule et loin de Pépé et Mémé Marie. C’était dur, rude. J’avais besoin de remplir le vide de cette existence quasi dépeuplée des deux être qui m’aiment.  

Toutes les lumières étaient allumées malgré ces jours remplie de clarté. Aucunes ombres n’étaient tolérées, aucun voile de ténèbres n’avait sa place. Que la lumière soit et la lumière fut. À Lux, j’additionnais le vivant sonore de la télévision. Plus il y avait de parole, moins j’avais peur. Le silence n’attire pas le malheur ? Le silence n’est-il pas source de fin de toute vie. Le silence de mort, dit-on. Et j’ai tout fait pour ne pas mourir. En rien ces subterfuges à mon esprit remplissaient suffisamment leur mission. Il y avait en moi l’écho du néant.

Dans ces jours de mercure anxiogène, dans ce vague à l’âme, dans ce temps flottant, infini, s’étirant, dans ce labyrinthe affolant, il y avait du vide indéfinissable. Alors, j’ai cherché une solution, armé de mes petits bras d’enfant, de mon cri silencieux disant au secours, de mon impénétrable quotidien, j’ai commencé à trainer dans la cuisine. D’abord, j’ouvrais, je fermais le frigo sans rien voir, comme un acte réflexe, irréfléchis. Puis, des pauses entre mes mouvements s’insinuaient. Je regardais son contenu. Ma main faisait des aller-retour : tremblante, hésitante, palpitante de son « aller ! Et si… non peut-être ». Pot de Danette familiale, chocolat, saucisson, saucisses, jambon, bacon, lardon… et je refermais ce pays polaire. Je partais devant la télévision. Je répétais sans cesse les mercredi ces gestes, ces aller-retours entre deux pièces. J’avais pour le temps de midi un repas à réchauffer… Au début. Et puis, ils ont cessé de le faire, de penser à me nourire. Je devais me débrouiller, seule. Et là, j’ai eu de l’agir, du passer à l’acte, dépasser le simple regard aux aliments. J’ai dû les prendre à bras le corps. Purée en flocon, lardons, le tout mélanger… un peu ? non beaucoup, manger, manger, remplir, remplir sans arriver à combler cette sensation. Manger à en avoir mal à l’estomac. Sentir ce ventre tendu, dur, prenant toute la place. Vivre 3 millièmes de seconde autre chose que le désert d’amour. Me lever, vomir, me faire pipi dessus en même temps. Me changer, m’effondrer dans le canapé. Et puis de semaines en semaines manger toute la matinée, le reste de l’après-midi entre l’entrainement de kayak. Bouffer a même la casserole : saucisse grasse, 8 d’un coup, purée mélanger aux lardons, encore et encore. Un saucisson rien que pour moi. Toujours manger. Avoir toujours mal au ventre. Retirer mon pantalon. Retirer ma culotte. Mettre une serpillère sur le sol devant les WC. Vomir. Recommencer. Ne faire plus que ça.

Et puis le soir, me faire tabasser d’avoir vider le frigo. Me faire défoncer le cœur à coup de mot dur sur mon gras répugnant s’installant. Entendre que je suis moche. Espéré que je le dégoute autant que je me dégoute.

Et puis, un jour, ne plus vomir, remplir, remplir sans fin, sans faim.

Continuer. Pendant des années. Cacher de la nourriture partout dans ma chambre. Claquer mon argent de poche pour me remplir.

Vivre la décharge si particulière, ce shoot à l’âme le temps d’une bouchée, planer, déconnecter. Remplir dans la quête de la prochaine dose. Encore et encore. Accumulation de nourriture proportionnel au vide.

Quand Mémé Marie est morte, j’étais une déchainée de la bouffe. Chips, coca, je fouillais partout en essayant de ne pas me faire prendre. Chez ma grand-mère, mémé E, je rageais de l’absence de Chocolat Milka. Elle savait que c’était ma tradition avec Pépé Erwin. Aller chercher de la bouffe partout, manger, manger, manger, encore et encore. Ne jamais connaitre la sensation de faim mais chercher la fin du vide. Tourner en boucle, en vrille, ne penser qu’à ça. Être humilier, cassé, sur cette boulimie,  cette hyperphagie, sur cet être en miette. Mais jamais, cette conne de mère infirmière ne m’a conduit chez un psychiatre. Jamais, je n’ai été prise en charge. Évidement que non. Il fallait que rien ne pointe ce qui se vivait chez nous. Sauf, si cela servait ma mère et son théâtre de la souffrance tragi-comique.

Il m’appelait « bibend’homme ». J’étais devenue ça : un modelé d’humain informe pour une pub Michelin. J’avais tuée la jolie petite fille. Elle était cachée. J’avais échoué à me rendre moche, repoussante. Il s’en fichait de mon corps. Alors, je cherchais juste cette dose de ressentir autre chose que du rien.

Après la mort de mon père, j’ai jeté à la figure de ma mère, rageusement, ma boulimie, mon hyperphagie prandial. Elle a ri. Elle m’a dit que je voulais attirer l’attention, que je ne savais pas ce que c’était que de souffrir. Elle, comprenait, elle, elle avait souffert. Moi je voulais voler son deuil, sa peine immense. Moi, je voulais la lumière, frimer. Quelle violence, qu’elle coup de poignard. C’est là que je l’ai désaimé.

Je n’ai pas dépassé ça. Je suis toujours dans un rapport à la nourriture complexe. J’ai toujours des réflexe alimentaire dans l’anxiété. J’ai toujours du mal à manger devant des gens. Je vis avec une drogue dont je ne peux me sevrer.  

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