Galeiliante
Galeiliante

Il m’aime, un peu, beaucoup, avec folie

On est assis sur la terrasse de la maison en Lorraine. Il veut en faire faire une véranda. Mais rien ne se fait. Je ne sais pas pourquoi. On est là, assis autour d’une table de jardin. Il y a un verre qui est devant moi. Je ne sais pas ce qu’on attend, pourquoi on est là. Je me lève comme le fait un enfant attiré par un papillon. C’est un rayon de lumière qui attire mon regard. Je fini au bord du mur à toiser le jardin devant moi.

J’ai ce sentiment du temps qui n’existe plus, qui n’existe pas, qui n’a jamais existais. La vie, c’est ça ? Il y a le jardin, la balançoire, le garage qu’il a construit avec mon grand-père et d’autre gens. J’ai un petit mouton en peluche dans mes mains. Je le tourne, le retourne. Je l’avais trouvé à pâque dans le panier pour les pinces à linge.

« Viens Jo ». Je m’appelle Anne. Mais il m’appelle Jo. Je ne sais pas pourquoi. Après la lorraine, je ne l’appellerais plus jamais comme ça. Encore une fois, je ne sais pas pourquoi. Mon regard se perd dans le décor. Le vent souffle un peu sur la balançoire. Est-ce qu’elle grince comme dans les films ? Je n’entends pas d’ici.

Nous allons bientôt déménager, mais je ne le sais pas encore.

« Viens Jo ! » Sa voix se fait ferme, mais je ne l’entends pas. Je suis dans mon monde à moi, mon univers intérieur protégé, en coton, tout doux. C’est lointain. Je n’ai pas envie d’entendre.

« Je t’ai dit de venir Anne ! »

Mon prénom. Oui, c’est à moi qu’il parle. Je crois que je dois bouger. Je crois qu’il le faut. J’ai peur. Mon corps ne trouve pas de solution pour remettre du mouvement. Non, non, je le sais, il ne faut pas venir. Ma maman n’est pas là. Et j’ai l’air si calme, c’est parce que j’ai déserté mon être. J’ai trouvé refuge en moi.

Il est dans mon dos. J’entends le son de la chaise en plastique qui racle le sol. Le son est vif, brusque. J’entends, je ressens son pas lourd dans le sol. Je sens son corps se rapprochant de moi par derrière. On dirais que chaque molécule d’air avance comme une vague d’un tsunami : je peux faire ce que je veux, rien n’empêchera la puissance de déferler. Je me dis que si je tiens bon au sol, peut être que je vais tenir à la puissance de la vague.

« Je t’ai ordonné de venir ! » me dit-il avec fureur en même temps qu’il attrape mon bras gauche, le sert et me tire de mon ailleurs. Y-a-t-il eu escalade dans ses émotions ? Mon esprit se percute au réel. Il me fait pivoter, me retourne dans un geste, un mouvement si fort. Je perds vaguement mon équilibre mais c’est lui qui est aux commandes.

Je le suis comme le fait tout enfant quand elle est disloquée par la puissance d’un adulte. Ma tête est molle et suit le choc, contre choc de chaque réajustement de trajectoire. Je suis comme une boule de billard lancé à pleine puissance qui ricoche sur tous les bords. Il recule ma chaise d’un geste. Et il m’assoie, me repose avec brutalité sur ce trône de plastique. Mon corps résonne tout entier comme une bouteille agitée trop vite, avec puissance. Mes yeux se plissent un peu, se ferment, s’entrouvrent en une fraction de seconde. Mon visage se crispe. Je sers les mâchoires l’une contre l’autre. Je sens ma respiration devenir rapide, intense et remplie de la panique qui ne doit pas se laisser voir. Je ne lui offrirais pas ce pouvoir sur moi.

« Bois ». Le verbe est lancé dans un calme qui tranche avec sa monté de rage.

Aucun choix, aucune échappatoire.

C’est de l’eau.

Je suis sur la chaise a coté de lui et je fais tout pour que le monde n’existe plus. Ne plus être là, ne pas être là. Je repense à l’oiseau bleu, l’histoire, les enfants, la magie. Mes le réel s’impose à moi, se remet face à moi à chaque tentative de fuite. Le réel a pris le pouvoir.

Je prends le verre, je tremble.

« Arrête de faire ton cinéma ».

Ok, respirer, se concentrer, n’exister plus que dans mes bras, mes mains, ma gorge, fermer les yeux me concentrer.

« C’est important que tu boives, pour ta santé et la mienne ».

En vrai, ça n’a aucun sens, au vu du contexte. C’est un jeu de contrôle.

« Il faut que tu sois une gentille petite fille qui obéit. Viens sur mes jambes. Et montre à papa comment tu es contente d’être là avec lui. » Il est en caleçon, je n’avais pas voulu remarquer ça. Mais je jette un œil à ses jambes. Il bande. Je n’ai pas le mot à cet âge mais il bande. Je vais devoir m’assoir. J’ai un de ses petit short en tissus. J’ai un simple t-shirt.

« Tu aimes ton papa. Ton papa t’aime. C’est important l’amour entre un papa et sa fille. ». Sa voix est mielleuse, sirupeuse, dégoulinante de désir. Je suis devant lui, je me suis glissé entre la table et mon père. Je m’assoie et va d’avant en arrière. Il n’y a rien à dire. Je connais la musique. « C’est bien ma fille, tu es une gentille fille ». Son ton m’écœure comme après avoir avaler trop de miel. Il dépose sa main sur ma cuisse. Encore et encore. Avant, arrière. Et je regarde le ciel. Il y a des nuages. Ma respiration est lente, calme, ailleurs. Mon esprit voyage dans les formes. Je saute de nuage en nuage. Le ciel est orangé, doux. Il a la couleur de la pêche. J’ai toujours mon mouton dans ma mains gauche, je continue mon mouvement sur mon père. Je finir par tenir le mouton avec mes deux mains, toute façon son autre mains a rejoint l’autre cuisse. Il impose le rythme, dirige le mouvement.

Il accélère, et je ne suis ni trop molle, ni trop tendue. J’ai un coté flasque qui vient à moi au niveau du visage. J’ai presque envie de laisser la bave qui est dans ma bouche coulé, ne rien avaler. C’est déjà un enjeu : avaler, ne pas avaler. Je ne sais pas la dimension que va prendre ma déglutition dans l’histoire à venir.

« Descends » il lance ça dans un râle de plaisir. Il me repousse. Je suis là debout coincé entre la table et lui. Et j’essaie de m’accrocher comme je peux. Sa main droite me tient à distance, elle recouvre le haut de mon dos. Les pieds de la table se décolle. Il a ce son rauque qui vient de l’intérieur de l’homme qui éjacule et qui ne veut pas qu’on l’entende.

Il se penche vers moi. « Quand tu seras grande, tu auras le droit au liquide d’amour de papa à boire, ce n’est pas tout le monde qui a le droit à ça. Parfois je n’aime pas maman assez fort pour lui le donner mais toi, je t’aime ».

J’entends le sont des roues de la voiture de ma mère dans l’allée qui mène au garage juste au pied de notre escalier qui mène à la future véranda. De là où elle est, elle ne peut rien voir. Je me remets sur ma chaise, sans réfléchir. Je suis vide, je n’ai pas de vie, pas d’émotion, je suis ailleurs. Le monde m’est flou. Je m’assoie a nouveau sur ma chaise. Comment ? je ne sais pas, l’automate est au commande.

J’entends ses pas dans l’escalier. Elle arrive en haut, je me lève, je cours vers elle comme on court dans les jupons de sa mère dans tous les films. On le fait aussi en vrai. Je la sers.  Mes bras enlace son bassin, ma tête se dépose sur sa matrice. Je cherche le refuge qu’elle n’est pas mais que j’espère voir naître à elle. Il a pris mon verre d’eau pendant qu’elle montait les escaliers, au moment où je cours vers elle. Il crie « eh Jo fait attention ! tu m’as mis de l’eau partout » et c’est ainsi qu’il a camouflé son sperme sous un verre renversé. « Je suis rentré plus tôt pour vous faire une surprise ». Relative, sa surprise. Puisqu’on l’a entendu arriver, monter. Elle avait l’art des surprises qui s’annoncent pour ne surtout pas voir l’horreur.

Il s’est levé, il est rentré, il a fait je ne sais pas quoi, surement qu’il s’est changé. Ma mère m’a fait la morale sur mon inattention.

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