chapô - IronAnne
Galeiliante
Galeiliante

Les douches, les bains, l’eau, oui mais.

Ce texte est écrit par une personne présentant entre autre une dyslexique et dysorthographiques. La forte charge émotionnelle de cette écriture aggrave l’expression des troubles dys* de ce fait orthographe, grammaire et syntaxe sont affectées par l’exercice testimonial ici partagé.

Je suis de ces gens qui en apparence adore l’eau : piscines, bains, douches, lacs, rivières, tout semble me plaire. Mes loisirs ne s’éloignaient que peu de mon élément fétiche. Dire que j’aime l’eau, ce n’est pas faux, mais ce n’est plus juste non plus. L’eau à une couleur, une teinte, une odeur, une sensation qui à ses souillures. Pas de celle qui semble l’évidence même. L’eau, je ne la cherchais pas pour me laver des traces. Je l’aimais tout simplement.

Quand mon grand-père était encore vivant, nous allions au lac tous les jours durant les vacances d’été pour nager. Je lui cassais les pieds. Ce n’était jamais assez tôt, jamais assez long, jamais assez. J’en voulais plus, toujours plus. J’étais insatiable de l’eau.  Il n’est pas rare que je passe, encore aujourd’hui, des heures dans mon bain. Je l’ai toujours fait.

Qu’est-ce que l’eau pour moi ? Une douce enveloppe qui me protégeait du monde. Elle était la barrière qui me manquait. L’eau répondais à mes besoin les plus profond d’être en sécurité, pris dans des bras symbolique. Je la vivais comme cela. Elle touchait mon être dans la complétude de mes interstices. L’eau…. Sa texture qui me semblait confortable, moelleuse, accueillante, m’emportant en apesanteur vers les traces des lieux les plus sure pour un enfant, dans un girond maternel qui ne fut jamais accueillant pour moi. Mais dans mon bain, j’en avais un. Je sentais que cela remplaçait tout ce qui n’avait jamais été porté pour moi. J’allais souvent sous l’eau…incapable de repousser l’eau dans mes narines, cherchant cette sensation-là plus ancienne de l’être aquatique que je fus jadis. Celle que je fus avant de prendre en plein corps le poids de la vie, de cette gravité pesante, le poids des coups, le poids de leurs corps. L’eau m’évaporais de cette sensation d’oppression.

Après les viols, les coups, j’y allais. S’il y avait un bénéfice secondaire à ce que son odeur me quitte, avant tout, je cherchais les bras de la tendresse qui n’avait que peu d’existence dans mon monde à moi, dans ma prison. Je la regardais gracile couler en goute sur ma peau. Je prenais plaisir à voir ses perles se réunir, devenir des veines translucide. Je la voyais délicate faire une légère pellicule sur mon épiderme, s’en écouler sous les contraintes de la légère adiposité naturel de ma peau. J’observais, je ressentais tout d’elle, tout de cette mère qui remplaçait le vide. Je plongeais dedans comme on a envie de plonger à corps perdu dans les bras d’une mère nourrit par l’impulsion du désespoir et du désir de sureté. L’eau avait milles vertus pour moi. Elle n’avait pas la finalité de me nettoyer, c’était le boulot du gel douche.

La salle de bain de notre maison quand nous vivions à la campagne était parfaite. Elle avait été mal conçue mais à mes yeux, cette imperfection était sa qualité première. Elle en faisait un territoire imprenable par la laideur. La baignoire donnait sur la fenêtre dans sa largeur. L’intimité n’était donc pas le maître mot. Depuis la terrasse de mon voisin, entre le léger camouflage qu’offrait les arbres en fonction de la saison, il n’était pas possible de m’y déchiqueter. Cela aurait été vu. Cette vitre exposait avec une certaines impudeur quelque chose du privé. J’étais bien dans ce lieu. C’était mon domaine, mon refuge. Je pouvais y être une guerrière capable de mettre un coup d’estoc dans le ventre de mon père armé d’une cuillère en bois qui me servait de jouets dans mon bain. Là, j’étais puissante avec mon alliée aqueuse protectrice, divine et dans ma forteresse. Vite, vite, de l’eau, vite, vite un bain. Quand il était crépitant de rage pour me tabasser, quand par miracle j’arrivais à glisser entre ses mains, j’allais là. Et me voici parée du bouclier de protection ultime : la curiosité des gens d’à côté attiré par leur chien aboyant ma terreur. Mon sauf conduit miraculeux. Un enfant dans une douche à 4h du matin, ça interpelle. J’avais l’eau et un repaire. C’était merveilleux. Des petits moment volé à la violence, à la violance*.

Nous avons déménagé, quitter la campagne, quitté le chien du voisin. Et l’eau n’a plus jamais été pareil après ça. La salle de bain à Fontaine-lès-Dijon était un bocal sans fenêtre avec une simple colonne d’aération si on avait trop de vapeur. C’était un espace étroit, une prison au fond de notre appartement. J’avais perdu ma forteresse, je n’avais plus les rempart du dehors, plus d’allié canin.

La première douche que j’ai prise dans cette appartement en l’absence de ma mère reste une ombre tentaculaire qui contamine tout le beau de l’eau. Cette salle de bain pouvait se verrouiller. Et sans y penser plus que cela, j’ai tourné, comme ma mère, le loquet. J’étais sous l’eau, j’étais bien. J’étais ailleurs, sous une pluie d’été, chaude. Je me lovais dans cette sensation merveilleuse. Tout est loin de moi. Et puis j’ai entendu que mon père essayer d’ouvrir la porte. Un rappel du monde extérieur qui m’a terrorisé. Au deuxième essai, il y a mis une colère intense. C’était monté comme ça, sans prévenir.  Je l’ai entendu insister pour ouvrir, tambouriner, hurler qu’on ne s’enferme jamais dans une salle de bain.  Je me suis trouvé tétanisé, à bout de souffle.  Il n’était que fureur et je pouvais sentir l’odeur de sa rage. Et moi, j’étais là, debout sous ma douche, incapable du moindre mouvement. J’étais à l’écoute de tous, de chaque sensation, mouvement de l’air, bruissement chez un voisin. J’étais là avec une peur panique de crever. J’aurais voulu ouvrir la porte, m’excuser d’être une si horrible personne. Mais mon corps était sans réponse. Je pouvais ressentir à chacun de ses pas sa fureur raisonné dans le sol. J’étais planté là sous la douche, les épaules tombantes, le visage dégoulinant d’angoisse et de peur, la bouche entre ouverte qui aurait pu trembler de terreur, mon souffle s’échappant avec difficulté, on sternum s’enfonçant dans ma poitrine. Je perds toute sensation d’être un corps en 3D, je deviens aussi fine qu’une feuille. Je veux me replier sur moi, finir en boule, laisser le moins de surface corporelle accessible. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus rien. Je ne peux plus penser, agir. Je suis un objet dans la baignoire attendant le courroux de son père. Mon regard se perdant dans un néant portant ma psyché qui s’enfuit de l’instant et anticipe l’horreur, qui quitte les douces sensation de l’eau. Et les larmes qui montent, encore et encore. Pourtant, je ne pleure jamais quand il est comme ça. Pourquoi est-ce qu’elles coulent ? Qu’est-ce qui a changé ?  Parce qu’il ne les verra pas ? Bouger ? Sortir de là ? Mourir ? Attendre des heures ? Je n’imagine pas qu’il puisse l’ouvrir de l’extérieur, à tort. Il revient d’un pas encore plus fort.

J’entends le verrou s’ouvrir grâce à je ne sais quel outils. J’entends clairement tout, trop. Les pas du voisin au-dessus dont j’ignore tout, la chasse d’eau chez le vieux d’en dessous. L’ouïe est suractivée, le reste est en économie. D’où vient le danger ? Je sens de l’air frais qui fait frissonner ma peau s’engouffrer derrière le rideau de douche en même temps que j’entends la porte s’ouvrir à grand vent.  Il est entré, mon père, hurlant de rage contre mon infamie. Le temps n’existe plus. Il ouvre le rideau de douche. Il est armé de son outils, un tournevis à tête plate. Va-t-il me l’enfoncer dans le ventre ? Et, Il m’a vu nu, le visage pris par l’absence, l’évasion. Il connait mon mécanisme. On fait quasi la même danse depuis des années. Il lâche le rideau qui se referme. Je suis toujours figée. Il m’a dit de ne plus jamais fermer cette porte surtout si je suis nue. Je prie pour qu’il sorte. Mais il n’en a rien fait. Il a dit avec une voix calme, douce, tendre qu’ « on ne va pas gâcher l’eau ». Si, tu vas la gâcher pour toujours connard, tu la gâte de ta luxure. Je ferme les yeux. Quelque chose du mouvement est donc encore possible ? Alors, je m’accroche à chaque goute qui frappe ma peau, elles qui avant me câlinais de leur douces caresses. J’espère ne rien entendre. Je perçois au travers de mes yeux des mouvements dans la lumière, j’entends des vêtements qui s’écrasent sur le sol.

Avant, l’eau était merveilleuse. À ce moment-là, tout change un peu et elle prend une nuance toute différente.

Il entre par l’arrière de la baignoire. Il vient dans mon dos. Je sens la pression de l’air qui se comprime entre lui et moi quand il se rapproche. Je sens l’air qui m’entoure devenir plus frais alors que je suis à la température de ma douche. Il est au contact. Je sens son sexe en érection qui me fait mal au niveau du haut du sillon inter-fessier. En même temps ses mains viennent autour de mon ventre. Sa tête se love dans mon cou. « Tu devrais arrêter. Ce n’est pas bien de me demander de te faire ça. Tu sais qu’on n’a pas le droit. Tu ne diras rien. » susurre-t-il. Il pose un baiser à la base de mon cou, dans ce creux qu’il aime tant. Et puis un autre, et encore un. Il finit par lécher ma peau, l’aspirer, la malaxer avec ses lèvres. Un va et vient commence. Sa bite va entrer mes fesses. Il se branle sur mon corps, palpe mes seins. Je suis bercé d’avant en arrière, une ivresse d’installe presque et pourrais-je partir loin ? C’est ce que me fait vivre l’oscillation, un ticket gratuit vers l’état dissociatif mais je ne pars pas cette fois. J’ai envie de vomir. J’essaie d’imaginer que l’eau forme une fine pellicule entre lui et moi. J’essaie de l’imaginer comme une armure qui m’éloigne juste ce qu’il faut à défaut de pouvoir l’empêcher de rentrer en moi. Sans que je le sente venir, il décale un peu son bassin en arrière et sa main droite me lâche. Il la déplace sur ma tête et me penche en avant alors que son autre main me maintient près de lui. Je ne dois plus bouger. « Allez montre-moi combien tu aimes papa » lance-t-il comme un défi, une injonction à mon ouverture. Sa main libre prend son sexe et l’enfourne dans le mien. Il y va à la vitesse qui lui convient à lui. Il va un peu sur la droite et sur la gauche pour se faire plus de place, m’élargir. Une fois profondément en moi, il tient mon bassin avec ses deux mains. Et il me pousse d’avant en arrière. Je mets dans un réflexe mes mains sur le mur devant moi pour ne pas tomber. Si je ne suis pas celle qu’il veut, il va frapper. Il faut qu’il soit content

Mes mains glissent lentement vers le bord de la baignoire à chaque fois qu’il s’enfonce. Je prends appuis là finalement. Ma tête cogne le carrelage. Il se décale, crache et c’est ce qui me fait peur. Une sodomie. Il me dit combien j’aime ça. Il décide de mes sensations. Il m’insulte. Il me traite de pute, de vicieuse. Je ne sens que ma tête qui cogne dans le carrelage encore et encore. Je me fixe sur ça, cette douleur.  Il éjacule dans la profondeur de mon rectum et sort de moi après avoir pris le temps d’y rester quelques trop longue seconde sans mouvement. Je ressers mes orifices comme pour expulser son liquide de mon corps. Il choppe la pomme de douche. Je n’ose pas me relever. Je sens juste cette eau qui me couvrait le corps partir. Et là, il passe la douche en jet fort. Et il me nettoie. « On nettoie toute ton vice sale pute » crache-t-il. Avec le jet il nettoie brutalement mon anus, mon sexe. Il s’assure du propre. Il me lave sans ménagement. D’ailleurs, ça me pique au niveau de la vulve. Je dois avoir des blessures, encore. L’important c’est de frotter. Il remet la pomme de douche a sa place. Il se lave. Je ne bouge pas, toujours la tête en bas, le corps plié. Il sort. Il ferme la porte de la salle de bain. Je n’entends plus. Je n’existe plus. Je tombe dans le fond de la baignoire.

Il m’a volé quelque chose de précieux.

Aujourd’hui, j’aime toujours l’eau, je suis souvent en quête désespéré de ce qu’était l’eau avant ce jour-là. Je cherche toujours la tendresse infini perdu.

Il est rare que j’accepte des câlins, encore plus que j’en demande parce que l’eau était ma câlinant et elle me manque tel quelle fut et ne sera plus jamais. Elle a toujours une part de l’ombre de mon père.

*Néologisme personnel pour différentier la violence et les actes de viols.

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