chapô - IronAnne
IronAnne
IronAnne

Une gestualité qui en dit trop

Ce texte est écrit par une personne présentant entre autre une dyslexique et dysorthographiques. La forte charge émotionnelle de cette écriture aggrave l’expression des troubles dys* de ce fait orthographe, grammaire et syntaxe sont affectées par l’exercice testimonial ici partagé.

J’ai un gros nez rouge, deux traits sous les yeux, un chapeau qui bouge… Non, aucun clown ne va arriver. Non, c’est juste ma façon de dire que ça se voit. Hier dans le tram, il y avait une belle adolescente assise en face de moi, son mec qui lui met la main sur l’épaule. Et elle qui est absente, qui a le regard dans le vide. Je la regardais. Elle avait des petites crispations musculaires, discrètes, presque imperceptibles. Son regard en disait long. Un regard qui cache la souffrance. Elle se tenait droite, rigide. Elle tenait pour tenir. Lui, il a mis sa main de plus en plus grande, de plus en plus étouffante. Veut-il la protéger ? Veut-il lui rappeler quelque chose ? Je ne sais pas. Mais je vois chez elle, dans chaque geste qui s’interdit que quelque choses qui m’en dit beaucoup sur elle. Elle a une tonalité qui ne se défini pas mais lorsque tu la vois, tu sais.

J’étais là, à un bras. Je savais. Je voyais. Ce ne sont pas mes croyances. C’est jusque que ça se voit quand on regarde ce que personne ne veut vraiment voir. Elle en a pris dans la gueule cette jeune femme. Elle tient, elle traverse comme si de rien été un monde qui ne veut pas voir. J’ai espéré que nos regards se croisent que sont néant entende dans mes yeux « Je sais ». Je ne pouvais pas lui promettre dans mes yeux que ça irait mieux, juste qu’on finit par fonctionner.

Je connais cette tonalité, je connais cette musicalité, cette intonation des gestes. Elle est difficile à voir. Il y en a plusieurs en vrai, des symphonies étouffées. Il y a celle de ceux qui sont battu, violé, témoin. Il y a ces opéras que le corps hurle qui raconte la brutalité des actes connu, des violences qui se croisent. Mais on ne le dit pas à l’autre, on ne lui dit pas que ses secrets s’expriment dans cette main qui essaie de cacher l’envie de serrer sa cuisse de terreur, dans cette façon si particulière d’étendre ses mains, dans ce mouvement d’épaule, dans cette posture. Je vois les gens, je vois. Je ne dis rien.

Il y a ces fois, où chez les gens que j’aime, je vois. Et je me fais une règles du silence. Je vois le nez rouge. Mais il n’a pas sa place parce qu’il faut respecter la parole, ce moment où elle s’adresse à l’autre. Je ne peux pas Cassandre.  Je ne peux pas dire « oui, je sais, il y a tout le reste aussi » et ce regard qui m’interroge sur le reste qu’on ignore de soi. Je ne sais pas dire comment je sais, ce qui se dit dans les corps, dans le regard. Mais je vois quelque chose.

La seule fois où je brise le silence, c’est l’enfant. Ce sont les enfants d’à côté ou je ne laissais rien passé de la violence subit. J’appelais chaque fois la police. Mais le système est merdique. Il faut des années pour que cela bouge. Mais les adultes, les gens que j’aime. Je garde le silence, c’est leur histoire, la narrer à leur place n’est pas ce qui porte la guérison.

Je vois et je reste là pour ces gens que j’aime jusqu’à ce que les mots deviennent disponible. C’est la couleur de l’amnésie traumatique, c’est la couleur de nos secrets. Je les aimes. Je reste là, ouverte, disponible. Il y a une temporalité au verbe.

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