Galeiliante
Galeiliante

Quand ça revient en cours

Fin mars, lors d’un cours mon enfance est venu me rendre visite. Ceci a eu lui le 27 mars.  L’exercice était d’explorer la salle parquet dans mon école les yeux fermés.

Je suis passé de debout à une présence au sol a 4 pattes. J’avance au sol en slalomant entre les corps en mouvement de mes camarades de classe. J’ai mon bras gauche qui fait bouclier. Entre chaque avancé, je le remets devant mon visage pour me protéger et appréhender l’espace de tout ce qui est autour de moi et de toute rencontre. Je me perds, je perds la salle. Mon bras ne fait plus bouclier, ma tête rentre. Je deviens toute petite. La lumière est orangée, chaude. Le sol est chaud. Je pars, j’avance comme une automate absente de l’instant présent. Je cherche le chemin. La lumière, la chaleur, l’ambiance, l’odeur de poussière de cette salle me renvoie à ma chambre d’enfant à Brazey-en-Plaine. Je suis dans le présent et dans ce souvenir. Et puis, le souvenir prend toute la place. Je suis à 4 pattes dans ma chambre. Je cherche le chemin vers ma veilleuse. J’ai 9 ans. Et j’ai encore besoin de cette lumière. Les monstres habitent les ténèbres. Il y a la rage animale dans la chambre de mes parents. Il y a l’éructation, l’en rut d’un ours prêt à dévoré une proie après des mois d’hibernation. La frénésie du désir annihilant ma mère. Il y a une part animal en moi qui sait que le danger est là. J’ai glissé hors de mon lit le plus silencieusement possible. J’avance dans la pénombre orangée de ma chambre. Il y a ce besoin d’être discrète. Je n’ouvre pas les yeux. Ouvrir les yeux, c’est rencontré le réel. Et si en ouvrant mes yeux, j’étais nez-à-nez avec son corps, ses poils, ses sécessions ? Rester les yeux fermés, c’est prolonger le non-réel. Je me dirige avec ce que ma vue perçoit au travers de mes paupière. Je vais vers la lampe. Elle est sur la première planche de l’étagère. En dessous, il y un espace. Il y a mon refuge. Un espace ou je peux aller. Je ne serais plus dans mon lit. Il devra prendre mon corps, l’extirpé de là-dessous. C’est chiant, il n’aime pas. Ça peu le décourager. Il y a des peluches, des coussins, des jouets. Je vais pouvoir faire comme E.T, me cacher, finir de dormir. Je vais me faire absente de ce temps de mon existence. En étant objet parmi les jouets, je suis à l’image de ce qu’il a fait de mois et aussi dans une relative sécurité. Je suis presque morde. Je me souviens de la peau qui frissonnent, de la sueur froide qui perle sur mon corps. J’ai froid de peur. Il y a ma peau qui tente par tous ses ports de comprendre les mouvements de l’air, le déplacement le plus infime des molécules, qui cherche a anticipé tout pour savoir à quoi m’attendre. Il y a un sentiment de presque transe prise dans la panique. J’avance à 4 pates comme si j’étais prise dans un liquide a haute viscosité. Anxiété, confusion, affolement mais surtout la peur, l’effroi. Avoir peur de mourir de douleur. Avoir peur qu’elle ne soit pas assez consciente avec lui. Avoir peur que je sois nouveau une poupée de chiffon. Avoir peur d’être flasque, de ne pas trouver comment résister. Avoir peur de résister parce que c’est mourir. Avoir odeur qu’il se décharge de rage sur moi, en coup de poing ou de rein. Là, je suis à 4 pattes dans la salle parquet habité par ce souvenir. Je suis figé comme à l’instant précis où j’ai senti dans le sol l’onde de choc de ses pas. Je suis à 4 pattes au sol. Je suis en t-shirt. Je sais que s’il me trouve comme ça, il dira que je le cherche, que je l’allume. Et je sens que les pleurs, les cris, l’animale de l’époque qui n’a pas pu sortir, sort de moi. Il sort dans un souffle qui s’impose alors que dans l’enfance, il est resté en moi, ravalé. Les pas s rapproches. Mon cœur bas la chamade, il tambourine de peur.  Je ne veux pas de ça en cours. Je ne veux pas montrer ça de moi. Je me souviens de chaque minute, de chaque geste, de chaque nerf qui ressent, de chaque instant de cette enfance que je voudrais oublier. Je voudrais retourner dans la sécurité dissociative quand c’était ailleurs en moi. Il vient. Et j’ai peur. J’ai toujours peur de lui. Il est mort. Et je n’ai pas changé. J’ai 9 ans. Pourtant, je sais que je ne suis pas là-bas mais en classe, en situation. C’est juste que le souvenir prend le dessus.

Ici, mon enfance remonte comme des égouts qui déborde de mon passé.

J’ai la sensation d’une main chaude. Une main qui est grande. Une main qui prévient avant d’arriver. Une main qui me laisse le temps de la voir venir par tous mes sens tactiles. Une main qui se prolonge, s’agrandit sur mon dos, un toucher qui se diffuse sur mon corps. Il y a de la sécurité dans ce toucher. Il y a l’apaisement, le rappel a l’ici et au maintenant.  C’est comme si une fine pellicule vient se mettre sur moi. Comme si je redeviens moi. Comme un film des plus fin, des plus souple, qui fait armure, qui me redonne de la consistance, comme si mon corps revenait. Ma frontière, ma peau se réveil dans son rôle de contenance de mon être. Je pleure, je panique. Mais le souvenir s’étiole. Il reste la trace de l’émotion. Je suis figé dans cette immobilité de l’enfance. Un mouvement revient, il est proposé par la main de Anne.

L’immobilité c’est la mort, le mouvement c’est la vie. Et la mort, la peur de mourir habite mon enfance pas comme un risque mais comme toutes les fois où les mains de mon père ont été à un cheveu de me tuer avec couteau, ses mains, ou encore en m’écrasant la carotide avec son pied. Mourir, figer, sans vie. La remise en mouvement, c’est retrouver chemin vers le présent. J’ai survécu. Je suis vivante et il est mort. Le mouvement c’est la lanterne qui vient se mettre au-dessus de la lumière de ma veilleuse. Dans une lanterne, il y a une flame de bougie. La flamme vacille, vivante, soumise au mouvement les plus infimes des courant d’air chaud ou froid.

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