Galeiliante
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« Tout jouera aux échecs fille ! »

Mon père avait plein de quêtes chimériques : il se fantasmait franc-maçon, joueur d’échec de haut vol, surdoué et j’en passe. C’était dur de vivre avec quelqu’un qui n’a pas de réelle prise sur la palpable de la vie. Il était un génie incompris d’un monde trop en retard, trop rétrograde pour effleurer son intelligence. Il a su par mon orthophoniste que j’avais un haut QI. Merci à elle, elle ne lui a pas donné le chiffre à ma demande. Je ne voulais pas payer le prix de mon score sur une échelle artificielle.

Il adorait les échecs. Très tôt, il m’a fait plonger dans ce jeu de stratégie. Je devais savoir comment les pièces se déplaçaient. Il aimait jouer avec moi car il gagnait à chaque fois. Ce n’était qu’une variante de ses éternels jeux de pouvoir. Il lui fallait en toute chose me dominer. Mais cette domination devait être un enjeu quand même, trop de facilité rimais avec déplaisir. Comme je ne progressais pas et que j’étais une adversaire un peu trop minable, il m’a “offert” de livre pour étudier la façon de jouer. Je devais appendre à planifier des coups à l’avance, mémorisé des parties connues. C’était très dur. Je ne supportais pas ce jeu. Je n’ai jamais rien réussi à retenir. Je faisais n’importe quoi. Mon père s’offrait lui des livres qu’il lisait encore et encore sur ce jeu, les parties les plus célèbre et j’en passe. Il y avait de nombreuses briques sur le sujet chez nous. Je trouvais cela affligeant. Il n’a jamais été dans un club pour jouer. Il était plus doux de rêver que de vivre dans le quotidien.  

Je rechignais à faire les exercices de mes deux livres. Je les faisais contre ma volonté et je ne m’en cachais pas. C’était un risque que celui d’assumer que je ne supportais pas ce loisir. Je n’aimais pas du tout ce jeu. J’adorais les dames. Toutefois, aux dames j’étais meilleurs que lui. Si dans ce choix de jeux, la planification m’était inaccessible, dans les dames, j’adorais ça. Évidemment, on n’y jouait pas, car j’étais la vilaine qui le provoqué dans un désir de lui imposer ma supériorité.

J’ai détesté les cavaliers, fous, tours et autres pions. Je trouvais tout cela chiant. J’adorais la simplicité des déplacements aux dames car dans ces deux possibilités de mouvements, la variété, la richesse stratégique en devenait plus excitante. Je n’ai jamais été un génie du jeu de dames, j’aimais juste y jouer.  Le truc c’est qu’encore aujourd’hui je ne peux pas savoir si j’aime ou pas le noble jeu d’échec Il est noirci, taché par l’âcreté de mon père.

J’ai voulu être inscrite dans un club de dame malheureusement, je n’y ai pas eu le droit. Aujourd’hui, j’ai un enfant qui a envie d’apprendre les échecs et qui adore les dames. Et je suis toujours figé pour jouer aux échecs. Je refuse en lui disant que pour moi, il y a des souvenirs douloureux associé cependant, je suis toujours disponible pour les dames.

Évidemment, je ne suis pas figé parce que les parties avec mon père se déroulaient bien. Au mieux, il me jetait les pièces en bois au visage et au pire il me tabassait. J’étais une déception de bêtise, de non-intelligence, de débilité. C’est dur de voir quelques choses qui a surement de la noblesse tachée par la peur. Je me souviens d’un nombre incalculable de fois où j’ai pleuré pendant les parties. Je n’étais pas le génie de ses rêves et si je l’avais été, j’aurais été défoncé car j’aurais eu l’outrecuidance de le dépassé. Je me souviens d’une fois où j’ai eu le malheur de faire des progrès. Il a poussé le plateau, que j’ai toujours, fait de pierre et d’un cadre de bois dans mon estomac. J’ai eu le souffle coupé et une douleur intense au ventre. Nous sortions de table. J’ai dû ravaler mon vomi. Si j’avais eu l’insolence de dégobiller sur le plateau, j’aurais pris beaucoup plus cher.

Aujourd’hui, quand je vois un jeu d’échec, j’ai encore peur, j’ai encore du dégout. J’ai encore la sensation des insultes qui fusent comme des couteaux qui entaillent mes oreilles. J’ai encore le souvenir de ses heures a étudié deux livres que je trouvais débile. J’ai le souvenir de me sentir bête, nul et pas capable de faire des probabilités de coups à venir. Pourtant, j’ai su le faire aux dames. Un paradoxe qu’il n’a jamais saisi, c’est que précisément il avait le pouvoir sur moi dans chacune de ses parties.

Mes enfants ont largement le droit de dépassé mes compétences, de ne pas s’intéresser à ce que j’aime ou contraire de se passionner pour des choses que j’adore. Je n’ai pas besoin d’avoir le pouvoir. Mon job, c’est de les accompagner.

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