Galeiliante
Galeiliante

Une dernière danse

C’était en mars, juste au début du mois, juste un peu avant l’anniversaire d’une amie. C’était les vacances scolaires. Il y a un peu moins d’une trentaine d’année. J’avais encore 10 ans pour quelque jour. Nous allions partir en Lorraine. Ma mère m’a convoqué dans leur chambre. Elle était occupée à préparer ses affaires. Mon père était là aussi. J’ai eu très peur. Soit j’y aller pour des coups de ceinture, soit seule avec mon père. Là au milieu des vêtements, ils m’ont demandé de m’assoir. Ils m’ont annoncé que mon grand-père était mourant. Une hépatite C, une cirrhose de la foi et un cancer. Je trouvais étrange qu’un homme qui ne buvait pas avait cette maladie. Personne n’a pris le temps de m’expliquer. Ils m’ont aussi dit de garder le secret pour moi. Ma grand-mère ne devait pas savoir. C’était un secret. Je pensais « oui ça va, j’ai compris. Le secret je maitrise ».  J’étais assise au bord du lit. Je me suis effondré, tombant en arrière. Mon corps me lâchait. Mon corps venait de comprendre. Je focalisais sur le secret pour ne pas entendre la sentence injuste.  J’étais prise par une douleur violente. Je pleurais. Je venais de comprendre. Ils ne m’ont pas consolé. Ils m’ont dit d’arrêter de faire l’enfant. J’ai dû quitter, sans un câlin, leur chambre. Mon cœur en minette. J’étais dans le couloir entre leur chambre et la mienne et là… J’ai compris que je ne pouvais m’imaginer vivre, survivre à son absence. J’ai pris mon album du marchant de caillou. Il a dit qu’il aimait à Noël.

Nous partions pour ces centaines de kilomètres trop lointain. Mon cœur brisé. Je voulais que le temps disparaisse. J’ai appris qu’il avait une autorisation de sortie pour le week-end quand nous étions sur la route. Ma mère radotant encore et encore l’impérieuse nécessité d’un silence sur la mort imminente de mon grand-père. Je ne l’écoutais pas. J’avais bien compris la prison d’un secret qui brulait déjà ma conscience. Elle focalisait sur le secret, moi sur sa disparition. Je regardais les paysages s’enchainer. Pour la 1ère fois, j’ai détesté faire ce trajet. C’était se rapproché du tocsin d’une réalité qui devait rester flou. Le monde peut-il exister sans lui ? Mon monde à moi…

Une fois arrivé, je n’avais pas le droit d’aller le voir à l’hôpital (sa volonté à lui ? Celle de mes parents ? règlement hospitalier ? Je n’ai jamais su). La maison était bien vide sans lui. J’étais en errance, une âme en peine qui cherche tout ce qui le rendait un peu plus là, s’accrochant aux souvenirs comme à une bouée de sauvetage.

Il était tout pour moi. Il m’aimait. Il m’avait appris à rire, à garder l’espoir. Il mettait du beau là où il n’y en avait pas. Il était celui qui m’avait fait un bureau, des meubles pour mes Barbie, celui qui était attentif à ce que je disais. Il était celui avec qui je péchais, faisait du vélo, glissait sur la neige en tirant mon traineau, bricolait, plantait des clous. Il était celui qui s’intéressait à ma vie, a ce qui me traversait. Il était mon pourvoyeur d’enfance… il m’aimait d’un amour inconditionnel. Il était fier de

Dans la maison, je devais faire comme si tout allait bien. Mais j’avais le regard lointain.

Quand il a eu son autorisation de sortie. J’ai dû jouer la comédie.

Et puis nous avons eu notre dernière danse, à nous deux. Juste lui et moi.

Après le repas de midi, car le soir il devait retourner à l’hôpital, j’ai mis l’album de Renaud. Ma mère a quitté la pièce les yeux plein de larme. Elle ne l’aimait même pas. Je savais qu’il était épuisé. Mais j’avais 10 ans. Il était mon héros. Alors malgré mon savoir, je ne pouvais pas lâcher ce moment qui se dessiné comme une opportunité devant moi. Je n’ai pas pu le laisser se reposer tout de suite. C’était, je le savais le dernier moment d’intimité entre lui et moi. Je voulais qu’on partage encore un moment, juste un moment, juste un dernier moment.  Ma grand-mère trop occupée à ranger la cuisine, mon père je ne sais où, ma mère en mauvaise actrice d’une émotion si peu vrai. On était là, seul tous les deux.

Il était assis dans le canapé, épuisé du repas. Le canapé marron en velours côtelle, à sa place. Sa respiration était poussive. Il avait les épaules basses. Il était usé. En vrai, manger avait été une torture pour lui mais, il avait fait l’effort pour faire plaisir à sa femme. Il était mourant. Je lui ai dit que j’avais cet album pour lui. Et dans mes yeux, il a vu l’infini abime que son absence allait me causer. Il n’avait pas la force mais il a pris le temps d’écouter, ému, la musique. Il a vu dans mon regard, dans le silence que je savais et que je n’étais pas prête à un monde sans lui. Le morceau s’enchaine. Arrive la Balade Irlandaise. Il a eu ce sourire fatigué mais plein d’amour. J’étais assise sur l’accoudoir du canapé. J’ai déposé ma tête sur son épaule. J’entendais le râle de la mort imminente. Il souriait. Il m’a dit « je t’aime ». Il a senti mes larmes qui coulaient silencieuse comme des rasoirs qui éventraient ma souffrance. J’ai lâché un « moi aussi, je t’aime » dans un ton étouffé de souffrance. Il a pris ma main, il a tapoté  3 fois dessus et il l’a serrée du peu de force qui lui restait. Il essayer de me rassurer, de me dire que ça irait sans lui. On écoutait la musique. Je savais que c’était notre dernier moment a nous. Mes larmes coulaient. A la fin de la balade irlandaise. Je lui ai dis je t’aime. Il a juste serré un peu plus ma main. Et, j’ai senti qu’il s’endormait. J’ai laissé la musique finir. Et je suis partie. J’ai été dans le jardin, près du pommier. J’avais mal. Il faisait froid. Il me fallait de l’air.

Je sais qu’il avait compris. On n’a rien dit sauf je t’aime.

Il est retourné à l’hôpital. Le lendemain, on rentrait. Ma mère travaillait le mardi.  

Je sais que quelque heure après notre retour le téléphone a sonné. Il fallait repartir en urgence. C’était la fin. Ma mère m’a demandé de prendre une robe pour l’enterrement. J’ai pris une robe grise et noir avec un colle Claudine blanc et un tout petit nœud rouge. Il n’aurait pas aimé le noir. J’avais retrouvé dans l’après un dessin de maternelle avec un logo des mines. J’avais demandé à ma mère de lui donner ça en arrivant à l’hôpital. Il avait travaillé pour les mines.

On est arrivé en pleine nuit à Porcelette. Je suis allée dormir dans la chambre de mon cousin ainé. Et puis en pleine nuit, ils sont rentrés chez ma marraine. Je ne dormais pas. J’épiais le moindre bruit. Je ne voulais pas que la réalité arrive. Mais ils étaient tous là, allant dans la cuisine de chez ma marraine, soutenant physiquement ma grand-mère. On m’a renvoyé au lit. J’étais là, couché dans la chambre de mon cousin et je pleurais. Je savais. Mon âme s’était déchirée de peine.

Le lendemain matin, mon père m’a annoncé la nouvelle. Je me suis effondré. Je le savais mais l’entendre, ce n’était pas pareil.  

Le monde était devenu insoutenable. Pépé Erwin, mon héros, celui qui était mon presque papa, celui qui m’aimait alors qu’on avait aucun lien, celui qui m’avait appris à sourire, à pécher, à rêver, et qui m’a offert un vrai bout d’enfance n’était plus là.

Je n’arrive pas à faire mon deuil. Son absence est toujours une blessure qui ne guéri pas. Son absence est souffrance.

Il est avec moi tous les jours. Dans mon salon, il y a sa lampe de mineur. Pas celle d’apparat qu’il a donné à sa fille, celle avec laquelle il allait dans la profondeur de la terre. Il y a son nom dessus. C’est l’objet le plus précieux de ma maison.

J’ai perdu une partie de mon souffle à sa mort.

Lors de son enterrement, dans ce début du mois de mars, il y avait un papillon dans l’église. C’est l’abbé Marcel, celui qui m’avais baptisé, marié mes parents, amis de mon père qui a fait la cérémonie. On m’a interdit d’aller voir la mise en terre. Pourtant, cela me manque encore et toujours.

J’ai perdu une partie de mon espoir à sa mort.

Ma grande mère cherchait dès le lendemain de sa mort les clefs de son atelier pour le ranger. Ce lieu où elle n’allait pas. J’ai gardé le secret de là ou était la clef. Elle a fini par la trouver. Mais j’ai profité de quelques semaines de sursis pour me lover dans son sanctuaire.

Aux vacances suivantes, dans son atelier, j’ai ouvert la porte de son armoire métallique. Celle avec tous ses outils et je suis tombé au sol.  Il y avait des chiffres, des mesures pour un de ses projet. Et juste en dessous, Il avait conservé un vieux dessin que j’avais fait à la craie. Cela devait datais de 4 ou 5 ans.  Plus tard, ma grand-mère l’a effacé, quand elle a compris où était la clef. C’était une fleur et un soleil.

Il m’a aimé plus que tout, inconditionnellement. Je me suis accrochait à son amour. Il me manque.

Il est mort un 3 mars.

Sa cravate qu’il mettait et sa lampe de mineur.
2 objets qui le laisse un peu présent.

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