Galeiliante
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Balade du soir, beau soir

J’aimais les étés chez mes grands-parents quand pépé Erwin était vivant.  Il y avait un ensemble de routines, de partages, de moments doux, d’habitudes excises. J’aimais tous dans ses presque deux mois. Je garde le souvenir de l’herbe verte, grasse, luxuriante. Je garde la trace de la lumière chatoyante. Je garde l’odeur de la nature, des pins. Je garde des trésors mémoriels.

Chaque jour, le temps s’autorisait à s’allonger, à se laisser vivre. Je dormais jusqu’à ne plus avoir sommeil. Je mangeais un petit déjeuner. Dans cet étirement de la vie : faire sa toilette, s’habiller, faire son affreux cahier d’exercice de vacances, regarder la TV, aller parler avec mon grand-père, manger le repas de midi, regarder le tour de France, une fois l’arrivée franchis, aller nager, prendre une tablette Milka au passage, rentrer, jouer, rêver, se balader.

Chaque soir, nous allions faire ce tour de marche avec leurs amis allemand, français. Je le faisais à vélo, c’était plus gai. Pédaler. Et si j’avais pédalé à Brazey, aussi, peut-être, pour retrouver le goût de ces beaux soirs.

Dans ce quotidien loin du brulant torrent de haine, j’étais dans ce qui m’a permis de tenir, de grandir, de vivre. J’étais une enfant.

Mon grand-père m’emmener pécher avec lui. Je ne servais qu’a tenir ma canne mais peu importe. Il le disait à tous ses copains « C’est ma petite fille ». Il avait la fierté de son amour inconditionnel qui donner le ton à cette déclaration.

 J’étais aussi libre de voyager seule : rouler, me balader, explorer.

Ici et là, on faisait un gâteau, évidé un poisson, coupais du bois. Les journées étaient ponctuées de question aussi cruciale que futile sur le repas du jour, le bricolage qui aller suivre. J’aimais l’été à flâner, même l’ennuie y été magique.

La nuit, parfois, un déluge de ces pluies puissante de l’été s’abattais sur le chalet de mes grands-parents. Je savourais ses goutes, cette musique de l’averse. Je savourais aussi le feu que mon grand-père allumait.

Le dimanche, nous allions à la messe. J’y prenais des jouets pour ne pas m’ennuyer sous le regard doux d’un grand père qui me disait que Dieu s’en fichais de comment j’entrais en relation avec lui et que jouer dans une église, y être une enfant, c’était l’honorer.

Pendant un mois et demi : j’étais une enfant. Un vrai enfant. Un enfant qui rêve, qui ris, qui croit en la vie, qui à foi en l’avenir.

Pépé croyait en Dieu. Alors, je fais de temps en temps le bon vieux « je vous salue Marie » pour faire sonner la ligne de téléphone entre lui et moi, et lui parler. Je suis païenne, mais pour m’adresser à lui, je prie Dieu car c’était essentiel à ses yeux. Je l’honore, le rencontre toujours près de 30 ans après sa disparation, de la façon dont lui croyait en la vie. Parce que je l’aime. Toujours.

Je suis vivante, rêveuses parce que j’ai joué à la poupée dans une église, rouler des kilomètres dans des balades oisive, lancer des boules de pétanque en plastique, regardé des gens rouler sur les routes de France. J’ai tissé dans ses mois d’oxygène, dans ses bulles de vie, les trames de ce qu’est ma vie aujourd’hui.

J’aime bien les étés sans plans, sans but, libre.

Je t’aime pépé.

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