Galeiliante
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Il meurt, je suis libre

Nous sommes à Fontaine-lès-Dijon. Voilà 2 jours que mon père est infernal à vivre. Je l’évoquais précédemment, il a un comportement infantile. Il semble que sa santé se dégrade. Il a eu une MAPA, un dispositif de contrôle de la tension sur 24h. Après sa mort, une semaine environs après nous recevrons le rapport sur ses tensions. Il était en effet mourant et son sentiment de mort était justifiée. Mais je reste très ajusté dans mon attitude de n’en avoir cure. Ses relevés sont incompatibles avec la vie. Il aurait déjà dû mourir avant. L’hypothèse est qu’il a pu atteindre de 6/2 de tension parce que celle-ci est descendu petit a petit.

Il chouine comme un enfant, pleurniche et me gave les oreilles avec ce qu’il veut pour sa mort. Et je ne suis pas apte à le recevoir. Le mois passé, il a eu cassure. Cela fait d’ailleurs un mois qu’il ne m’a ni frappé, ni violé. Ça fait un mois que je sais que c’est fini, c’est lui ou moi.

Il est là, pleurnichant. C’est un monde inconnu. Il me gave avec ses directives en cas de décès. Je n’en ai strictement rien à faire. Je m’en fiche de lui, de sa vie, de sa mort. Il crève ? Tant mieux ! Il peut aussi prendre le trajet exprès vers la crémation. Je sais qu’il a appelé sa mère en lui disant je ne sais pas trop e qu’il lui a dit. Je sais qu’elle va rappeler et que je dois lui mentir. Mais je m’en fou d’elle. Il délire beaucoup. Elle nous appelle. Franchement, j’ai du mépris pour elle. Je sais déjà en moi qu’elle a joué un rôle majeur dans les maltraitances que je subis.

Il est l’heure d’aller à mon cours de guitare. Je suis de bonne humeur. J’ai envie d’y aller. C’est un trajet un peu long à faire à pied vers la MJC. Je ne le sais pas encore mais c’est mon dernier cours.

Je croise mon père dans notre hall d’entrée dans cet appartement. Il me prend dans ses bras, me dit qu’il m’aime. Et je n’en ai tellement rien à foutre. Je reste droite comme un i, les bras pendants. Il m’enlace. Il pleure. Il me dit qu’il va mourir. Il me sort un flot de phrase qui me passe littéralement dessus. « Vas-y, fait toi plez et crève connard. Sérieux ? tu crois que j’en ai encore quelque chose à faire de ta vie ? Je n’attends que ta mort. Tu peux aller te faire cuire un œuf pourri avec ton amour. Tu ne m’as jamais aimé, tu m’as possédé. C’est fini petite sous merde, sous-produit de l’humanité. ». J’ai ça en moi. Je subis son « je t’aime », son câlin. Je dis que je vais être en retard a mon cours de guitare. Je dis que pour moi c’est important d’y aller. Il me fait du chantage en mode « vient à l’hosto avec moi, tu le regretteras toute ta vie. Tu ne me rêveras jamais ». Eh bien, c’est peut-être vrai mais je m’en fiche. Je ne sais pas qu’il a raison. Je vais à mon cours. Je rentre, de belle humeur. Je suis seule à la maison sans lui et juste avec ma mère. Mais elle, elle fait que s’en foutre de ma vie. J’ai la paix. Je fais mes devoirs. C’est une belle soirée.

Il est tard, le téléphone sonne. Je ne sais plus l’heure. 19h et des poussières ou 22h. Je vais vers ma mère, curieuse. J’entends tout, je décroche l’autre téléphone. Elle me voit faire. On explique que mon père est dans le coma. Elle demande le stade. On lui répond stade 3. Elle sait dès ce moment-là ce que ça veut dire. Je la presse d’y aller à toute hâte. Mais elle prend tout son temps. Je ne comprends pas. Pour moi, stade 1, 2 ou 3, c’est me parler une autre langue. Elle sait que ce n’est pas un coma. Elle sait qu’on lui dit ça pour la faire venir. Elle l’a dit elle même a des gens. Elle est infirmière. Elle sait.

Elle ne va pas assez vite. Je la presse. Pour une raison que j’ai du mal à comprendre. Ai-je un arrière fond d’amour ou la précipitation pour savoir s’il va mourir ?

On arrive en service de diabétologie. On nous accueil dans une pièce, une salle d’examen. On nous assoie. On ne peu pas le voir. On nous explique qu’il a demandé à éteindre la lumière et qu’il est mort.

Je hurle. C’est un souffle archaïque, profond. C’est le souffle de l’air qui n’est jamais entré, jamais sorti de moi. C’est animal. C’est la part primitive de mon être qui sort. Je suis libre. Je m’effondre. Mes jambes ne savent plus me porter. C’est une libération des plus originel. Je suis enfin… dans le droit d’être du genre humain. Je deviens vivante. Je suis née le mois d’avant mais là, c’est quelque chose d’autre. Je pleure. Je ne pleure pas de sa mort. Mais je pleure sur la plaie béante de mon être. Je suis libre. Ce n’est pas rien. Il n’y aura plus rien de sa chair sur ma chair, de son corps, de mes épaules qui ne supporte plus son poids. Plus rien. Plus rien. C’est complexe car la partie des viols est toujours dans le cadre de la dissociation, sans accès, mais mon corps sait tout. Il sait. Et il lâche une vigilance qui ne fait plus sens. Mes muscles si contractés. C’est fini. Ils peuvent prendre le temps d’être libre.

Je n’aurais qu’une hâte : aller à l’école. Rencontrer ma vie enfin libre. Nous sommes à 2 jours des vacances. Je vais bien dormir cette nuit-là. Même si cette soirée-là, j’ai beaucoup pleuré. Pleuré non pas sa mort mais ma vie. Je vais le voir mort. Je vais voir son cadavre. Ça sera important. Parce qu’il est preuve qu’il ne reviendra pas dans mon réel. Même quand j’aurais des hallucinations de temps en temps, en le voyant. Il est bien mort et cette certitude est constitutive.

Le lendemain, aux premières heures de cours, nous allons dans mon lycée. Ma mère ne veut pas que j’aille en cours et moi si. Nous sommes reçus par la direction. Je n’ai pas le droit d’aller en cours. Ce n’est pas juste. C’est violent. Je vais devoir passer ces 2 jours qui aurait dû être une bouffée d’oxygène avec elle… je n’ai pas envie. Et puis après y a les vacances, l’enterrement… Je n’ai pas envie.

Il y aura ce jour-là, l’annonce à ma grand-mère. Sa venue avec ma marraine pour l’enterrement. Il y aura moi qui lit demain dès l’aube de Hugo à la foule en larme. Mais ils ne sauront pas que c’est enfaite d’une part de ma vie que je parle et non de moi, en deuil allant vers lui. Il y aura plein de chose… dont des colères de ma mère contre ma grand-mère qui se la joue cœur brisée alors qu’elle n’a pas de cœur.

Mais ce jour-là, j’ai été libéré.

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