Silence, j'ai peur du noir

TW viols, violences, inceste, violences obstétricales, emprise et plus…trop…
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Galeiliante
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#Inktober – Appât

En octobre, il y a InkTober. Le principe est un dessin par jours dans la thématique. J’ai vu sur groupe dédié aux écrivaines, autrices en herbe tenue par la propriétaire d’une maison d’édition canadienne,  l’idée de faire un InkTober de l’écriture en version francophone. J’ai donc décidé de le faire sur mon blog à l’encre virtuel. J’en ai parlé sur mon profil personnel et mon amie, ma sœur de cœur Tayiam a choisi de le faire elle aussi son blog Mémoire Filante.

Le mot appât à fait naître une image. Quand j’y repense, l’évidence aurait pu être que j’aille dans un texte dur, évoquant du lourd. Mais, il n’en est rien. Le mot a donc fait revenir à moi un souvenir heureux, nourricier.

C’est un de ces étés fait de joie. Je suis au chalet de mes grands-parents. Je suis encore très jeune, 7 ans et des poussières d’étoile dans les yeux. Je suis dans mon paradis, dans ces 2 mois où j’ai le droit d’être une enfant. Je me suis endormie avec difficulté. L’impatience, l’envie, le désir du lendemain à venir m’envahi, prend toute la place en moi. Je suis avide, affamé dans ma dimension affective du programme à venir. Je sais que je dois dormir, que j’ai besoin de ce repos. Mais rien n’y fait. L’excitation est à son paroxysme. Il y a de la joie, pure, forte, grandiose. Je suis dans un lit que j’aime. Mon grand-père l’a construit exprès pour moi avec des étagères. Je n’ai pas vraiment le droit de l’investir, mais ce n’est pas de son fait. C’est ma grand-mère qui veut que ce soit « sans âme ». Mais j’arrive à imposer quelques Barbie, peluches et livres. Je l’aime ce lit, fortement. Ma grand-mère n’a jamais voulu reconnaitre qu’il l’avait fait pour moi. Elle la entendu le dire, me le dire, mais un déni s’est mis en place chez elle. Mon grand-père me l’a dit avec tellement d’amour : « Je l’ai construit pour toi ». Je sais qu’il y a mis toute sa tendresse, tout son attachement. J’y suis bien. J’y suis en sécurité. Même quand mes parents sont là, je dors dans cette chambre à moi. Et il est impossible d’avoir des intrusions nocturnes dans ce lieu. C’est mon territoire. Il n’y a pas de hasard. Il faut passer par la chambre de mes grand parents et le sommeil léger de mon pépé pour accéder à ma chambre. Dans toute mon enfance, cette chambre a toujours été le lieu de sécurité absolu. Le toit en tôle onduler laisser raisonner les gouttes de pluies. C’est encore aujourd’hui un son qui me réconforte. Il me renvoie à ce lieu, ce seul et unique espace de sécurité sans faille. Et c’est une de ses nuits où je peux ne pas dormir sans risquer l’effraction. Il y a quelque chose d’existant dans tout cela. Je fini par sombrer, le corps rompu par la fatigue.

Tel une petite souris bienveillante, discrète, avec tact, pépé rentre dans ma chambre. Il vient avec douceur, avec le juste temps, la juste vitesse près de moi. Dès que la porte s’ouvre, je me réveille. C’est un réflexe. Tout comme je fais semblant de dormir encore par reflexe. Mais j’ai 1 seconde de flottement où je ne conscientise pas que je suis en sécurité, les yeux demi ouvert me rappel tout de suite que là, je ne risque rien. Et dans ce temps flottant, je me souviens de ce qu’on va faire. L’excitation monte. Pépé arrive avec douceur et tendresse près de moi. Il vient dans une délicatesse infinie me réveiller. Je feints de m’éveiller. Il a une voix douce, tendre. J’aime ça. C’est nourrissant, contenant. « Il est l’heure Anne, ton petit déjeuner est servi ». Je me sens accueilli, aimé. Je sors du lit bien que réveillée, mes yeux sont encore embrumé par la fatigue, parce que j’ai trop peu dormi. Il fait encore noir. La lumière va bientôt monter. Je mange, je m’habille. Et il m’invite à me mettre en route. Il a tout préparé.

Dehors, il y a une sorte de remorque à tirer, une charrette qu’il a fait lui-même. C’est en métal qu’il a soudé, mis deux roues. J’admire cela chez lui. il y a un besoin, il construit ce qui y répond. Dedans, tout le matériel de pêche, sa canne, la mienne, la boites avec les appâts. Et surtout une place pour moi avec un coussin au-dessus de nos sièges pliables. Et nous voilà en route vers l’aventure du jour. Un temps rien qu’entre lui et moi. C’est tout ce dont j’ai besoin, tout ce que je veux. Nous allons pécher. Je n’ai pas a marché, il me tire. Il sait que je n’ai pas assez dormi. Il sait très bien où l’ont va. Il l’a décidé la veille déjà avec ses copains. Le chalet se trouve dans un camping dans la vallée des lacs. On descend l’allée légèrement en pente. J’adore se sentiment de glisser vers le bas. Arrivé au bout du chemin qui voit s’enchainer une grosse dizaine de caravane résidentiel, chalet, on est à la porte de l’allée. Il l’ouvre. Il doit poser la part qui tiens cette charrette sur mesure. Il le fait dans une infini délicatesse, veillant à ce qu’elle ne roule pas. Il veille à ma sécurité. Et c’est important ça. C’est si rare.

On arrive au coin qu’il a soigneusement choisit. Nous arrivons un peu plus tard que ses amis qui lui ont gardé une place, qui nous ont garder une place. Parce que c’est pour nous deux et s’est prévue comme ça. Et là, une fois installé. Il faut enfiler l’appât sur l’hameçons. Et je déteste ça. Je ne le fais pas. Il me fait confiance pour le faire, mais cela me dégoute que ce soit un ver de farine, un ver de terre. Berk. Et c’est ok. Je peux trouver sa dégoutant. Il le fait pour moi. Je fais ce mouvement qu’il m’a appris et je propulse mon hameçon au loin et j’attends. La règle c’est le silence pour ne pas faire peur au poisson. Je m’y tiens. Parce que je suis dans un moment qui a plus de valeur que tous les trésors du monde pour moi à cet âge. J’attrape un poisson. Évidemment, je ne le retire pas de l’hameçon. Le contact gluant avec le poisson me répugne. Je ne lui dis pas pourquoi. Mais cela me rappelle le gluant du sperme de mon papa. Mais là encore, c’est Ok pour lui de faire à ma place. Il accueil inconditionnellement toutes mes limites. En vrai je ne pèche pas. Je tiens la canne. Et je passe du temps avec Pépé. Un temps de qualité, un temps où je vis quelque chose en plus. Il est fier que je sois là avec lui. Il parle de toute la fierté qu’il éprouve à mon sujet, mon intelligence, ma gentillesse, mon respect, ma politesse, ma tendresse, ma curiosité, et que je m’intéresse vraiment à lui.

L’appât, ce mot à réveiller ce doux, ce bon, ce nourrissant souvenir. Je ressens encore la chaleur du soleil qui monte, je me souviens qu’il met les poissons dans un bac en plastique plein de l’eau du lac. Je me souviens qu’il relâche quasi tous les poissons et qu’on ne garde qu’un brochet… qu’il va cuisiner. Je ne le mangerais pas. Et il ne me forcera pas. J’aimais bien ce poisson, je m’y attache à chaque fois. Sur tout le chemin qui nous ramène au chalet je lui parle et je lui dis avec tristesse qu’il va être manger…. Et que vraiment, moi, cela me désole alors que moi je l’aime et je ne veux pas le manger. Et je n’ai pas à le manger. Ma grand-mère râlera. Mais il s’en fiche. Sur le chemin du retour, il me prend une tablette de chocolat Milka au mini magasin du camping.

L’après-midi, il me conduira à l’eau pour nager. Je sais qu’il s’ennuyait mais m’offrir du temps d’existence, du temps d’enfance était aussi important pour moi que pour lui.

Il a été plus qu’un grand père, il a été un père nourrissant, nourricier. Une personne qui a fait que je suis capable d’être en vie. Et je l’aime. Il me manque mais chaque jour mon regard croise sa lampe de mineur qui est dans mon salon. Je ne crois pas que je la donnerais à mes enfants. Quand je meurs, je veux qu’elle m’accompagne parce qu’elle est entre lui et moi, un lien. Et je l’aime toujours autant, avec ses défauts, avec ses erreurs parce que c’est l’être humain qui m’a offert avec mon arrière-grand-mère un amour inconditionnel.

Rien que de penser à lui, à son amour, je me sens rempli, reconstituer, faite de chair, de volume, de densité. Purin ça fait du bien !

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