Galeiliante
Galeiliante

La lettre complexe à écrire

Quelle est dur cette lettre à écrire pour ma marraine. Elle est nécessaire et repoussée depuis plusieurs années. Elle réveille beaucoup d’émotions de colère, de tristesse, de souffrance, d’absence de cicatrisation. J’en suis à ma 8ème version en 7 jours ! Elle me renvoie à ma place dans la souffrance, à l’inexistence, au complot du silence, à l’absence, à l’évanescence de mon être.

Nous nous sommes parlé pour la dernière fois aux alentours du décès de mémé E. Elle était en colère. J’avais rendu les derniers jours de vie à ma grand-mère hospitalisée horrible, tourmenté. Eh bien… soit. Disons que j’assume encore aujourd’hui cette position. Il est souvent au mourant de dire les choses aux vivants : vider leur sac. Mais les vivants sont fourbus dans mutisme. J’ai choisi, moi, dans ce moment certes complexe pour elle, de dire ce que j’avais à dire. Et ce fut un acte salvateur dans ma vie. Mon fils ainé avec quelques semaines. Et, comme souvent, les naissances viennent toucher notre histoire.

Mon fils à en second prénom le prénom de Pépé Erwin ! Je lui ai dit. Je lui ai dit tout le bon qu’il m’avait apporté. Et je lui ai dit le monstre qu’elle avait engendré et façonné, sa responsabilité dans cet enfer. Elle en aurait souffert. Et donc, je suis méchante.

C’est intéressant de voir ô combien je ne suis pas moi en droit de dire les choses. Encore aujourd’hui. Il faut cacher tout ceci sous le tapis. Et je pense qu’il était sain de lui dire les choses, certes qui font mal, mais on ne désinfecte pas une famille dans les non-dits.

À un moment, j’ai encore moi le droit de dire aux adultes combien ils ont été merdique, à chier, à vomir. Mourante ou pas, soyons clair qu’on ne peut fuir ses responsabilités au long court.

Ma marraine m’a prévenu du décès de mémé E quelques jours après, voire plus. Le but était de m’exclure des funérailles. En réalité, je n’y serais jamais aller. Je n’avais pas besoin de cracher sur sa tombe. Je n’ai jamais eux ce besoin. J’avais besoin de lui dire ce que j’avais sur le cœur.

Elle fut une mauvaise grand-mère. Elle fut souvenir cruelle avec moi, rabaissant. Elle m’a souvent dit des phrases méchantes. Elle a largement contribué à faire de mon père ce qu’il est devenu. Sa posture de victime sur la question est inique. Elle ne s’est pas occupée de moi par envie ; elle me l’a suffisamment renvoyé ;mais par obligation et pressions de son mari, pépé Erwin.

Donc elle est morte perturbée. Vraiment ? et moi, je suis quoi ? Sauf absente. Elle n’a pas vécu perturbé par mon enfance…

L’annonce du décès fut donc chargée de reproches. Alors, j’ai vu rouge, légitimement rouge. Je devais sacrifier un peu de paix pour protégé quelqu’un qui ne m’a pas sorti de l’enfer ?

Je savais déjà que ma grand-mère n’avait pas été une juste belle-mère pour ma marraine. Je me rends compte d’une évidence pour moi qui n’a pas été dite : Ma marraine est la demi-sœur par alliance de mon père. Au décès de mon père,via la cousine de ce dernier, j’ai appris que ma marraine avait était abimée par ma grand-mère et que mon arrière-grand-père était intervenu, surement pas assez. Mais, il a agi. Fait que ma grand-mère n’a pas engagé vis-à-vis de moi.

Trêves de digression. J’ai eu le droit à un flot de reproches auxquelles j’ai répondu sans me démonter et rouge de colère. J’étais mise au tableau du déshonneur : je ne valais pas mieux que mon père. Ce qui était violent évidement. J’ai répondu à ce que je savais et que je n’ai pas à détailler ici. Un ping-pong non-agréable s’est mis en place. Puis, j’ai osé dire l’inceste. Et, jusque-là j’ai cru à son ignorance. J’avais l’espoir d’être en réalité partiellement aimée par elle. Je me suis retrouvé assise dans mes escaliers, sidéré dans cette même terreur de l’enfance.

Elle avait « peur » de lui. Ok, donc on ne fait rien. Elle savait. Je sais rencontrer le fait qu’elle fut elle-même abimée, pas que par ma grand-mère, mais par mon père. Je ne sais pas rencontrer sa position. Je suis prise ce puits d’injustice.

On n’a pas le droit de faire ça. On se doit d’agir quand un enfant est en danger. J’ai été confronté bien des fois aux bouteilles à la mer échoué au pays du néant. Mais, si un membre de ma famille, une personne en responsabilité avait crié au secours. Ma parole aurait pu être entendu. Je ne rêvais même pas qu’on me prenne pour me mettre dans ma famille. Dans mon cœur, j’ai toujours espéré un foyer de l’aise sociale à l’enfance. Je n’espérais pas être suffisamment aimé pour être prise en charge, choyé, veillé, accompagné. Je ne me trouvais pas aimable.

Elle est dur cette lettre. Elle est triste. Elle est touchante à la colère. J’ai beau savoir combien il est dur de dire, j’étais un objet, dé-personnifié dans une maison de glace. J’avais terriblement besoin qu’on m’aide. Qu’il n’y ai pas que la mère de mon amie d’enfance qui essaie.

Je suis renvoyé à mon non-droit de vivre, d’être intégré à l’humanité. Mais ma marraine m’a renvoyé au fait que je ne valais pas mieux que mon père, et que j’étais responsable de ces actes à lui. Ce genre de propos vous mettes surement en rage. Mais moi, ils m’ont brisée. Je me suis senti petite, cachée sous l’étagère dans ma chambre. J’ai été remise dans l’accusation de mon père d’être une perverse, une vicieuse.

Je souhaite de tout mon être que c’était la colère qui parlait. Il serait plus facile à surmonter des affirmations sans fond de vérité que leur blafarde possible réalité.

Je suis évidemment retiré de la famille, ce n’est pas nouveau. Mais je suis surement dépeinte comme l’enflure du coin.

Écrire cette lettre, c’est dur parce que j’ai envie qu’elle ressente cette douleur qui fut et qui est toujours mienne. Qu’elle sache que oui, je sais un pan de son histoire mais celui-ci ne rivalise pas avec le mien. Que son « tu ne sais pas tout » est loin de la réalité. J’en sais des choses ! Pourtant, je suis une personne qui pense que la douleur n’a pas d’échelle de comparaisons. Mais, un peu là quand même. Les chiffres de ma réalité de vie me sont impossible à contacter émotionnellement. Je ne veux pas mourir.

Et puis, elle m’a remis en pleine tête que seule elle, sa souffrance a elle avait de la place, de la légitimité. Or, ma mère a fait pareil. Elle était effondrée de chagrin dans les apparences. En vrai elle souriait après chaque conversation téléphonique qui la plaignait. Je pense que ma marraine avait aussi cette position d’être la seule à en souffrir, en avoir souffert.

Pourquoi l’enfant, la personne la plus fracassée est la seule qui ne doit pas souffrir. Surement pour ne pas renvoyer les adultes à leur culpabilité.

Je n’arrive pas a dépassé cette colère enfantine, entre larme et colère.

J’ai du mal à écrire cette lettre.

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