Galeiliante
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Il m’aimait plus que tout, pépé Erwin

Je me souviens de l’instant avant l’annonce. Nous venions de rentrer de la Moselle depuis quelques heures. Nous sommes à Brazey-en-Plaine. Ma mère m’appelle dans leur chambre. Le téléphone vient de sonner. Mon père a raccroché. Elle me fait m’assoir sur le lit. Je me dis « je ne comprend pas, je n’ai rien fait ». Elle m’explique que pépé va mourir. Il me reste un cri d’horreur comme trace de cette annonce.

On doit repartir chez mes grands-parents. Je dois préparer mes affaires et une tenue pour son enterrement. Je savais déjà qu’il était gravement malade et que ma grand-mère ne savait pas grand-chose.

Je vais dans ma chambre. Je choisis une robre grise avec des fils noirs qui donne un effet de cadrillages très serré. Elle a un nœud rouge au niveau du col, il est petit. Elle a un col claudine. Je prends des collants. C’est ce que j’ai de plus formel. Il n’aurait pas aimé le noir. Je fais durer le temps. Si je prends mon temps, il va refuser de mourir. Il ne peut pas me faire ça. Et puis l’angoisse monte. Je fouille dans mes affaires… je trouve un dessins de l’école maternel sur une feuille avec un imprimé avec un illustration représentant les mines du bassin houiller lorrain. Je me dis que ça va lui faire plaisir. C’est dérisoire. Un vieux dessins de moi, les mines comptaient pour lui. Je griffonne dessus. Et si ça le guérissait magiquement ? Il m’a offert sa lampe de mineur, même s’il a dit à mon père « c’est pour toi », il m’avait glissé à l’oreille « c’est pour toi en vrai, récupère là quand tu parts de la maison ».C’était important les mines pour lui.

Je ne veux pas y aller.

Je prépare fini par rapidement un sac avec des affaires. C’est donc ça le jour où l’on a le cœur brisé à tout jamais en mille morceau ?

Il est mon phare dans la souffrance. Il est mon espoir dans les larmes. Il est le père que j’avais besoin d’avoir.  Il m’a appris à sourire. Il m’a appris à rire. Il m’a appris que j’avais le droit d’être aimé. Il m’a appris que je pouvais compter pour quelqu’un.

Je ne le verrais pas. Je suis prévenue. Je l’ai vu pour la dernière fois aujourd’hui. Il m’a souri pour la dernière fois. C’était un effort incommensurable. Il m’a dit « N’oublie pas que je t’aime , promis ? ». J’ai dit « oui, je ne peux pas t’oublier ». Et pour la dernière fois, il a conclu une conversation avec moi en disant encore « Je t’aime ». Je ne veux pas de cette dernière fois. C’est trop tôt. Rendez-moi je temps passé.

Comment je peux vivre sans lui ? Comment je pourrais supporter son absence. Pourquoi le monde m’ampute d’une des deux seule personnes qui m’aime ? Pourquoi le monde est si injuste. Je sais que ma relation avec lui est compliqué pour mes cousins et cousines. J’ai reçu beaucoup de fois des reproches pour sa préférence vers moi. C’était seulement avec lui que j’étais une vrai enfant, que j’avais un bout d’enfance. C’était ça notre secret.

Il avait pris sa retraite pour la date théorique de ma naissance. Je n’étais même pas sa petite fille. Il était mon grand-père par alliance. Un jour à Noel ou nouvel an, quand mon cousin ainé m’a lancé que ce n’était même pas mon grand-père, il avait eu très peur pour moi pépé Erwin. Je crois que mon cousin pensait me lancer à la tête quelque chose que j’ignorais. Je pense que ma relation avec mon grand-père était très complexe pour lui. Mais je m’enfichais. Je savais. Je me souviens que pépé m’a fait venir dehors dans le jardin derrière son atelier. Et il m’a dit « Quoi qu’on te dise, je suis ton grand-père. Je t’aime ». Avec mon enfer à la maison, son amour, vous n’imaginez pas… il m’était précieux. J’ai toujours le souffle court de son absence, un bout d’âme brisé. Écrire ces lignes me fait pleurer autant que cette nuit-là. Je suis bloqué dans son absence. Je n’ai jamais pu dépasser ça avec lui. Il me manque. Point Final.

Nous sommes partis. J’ai vécu ce voyage comme une descente à l’enfer. Je repensais à tout ces moments magique. Moi qui lui faisais une prise de judo et lui qui jouait le jeux du haut de mes 6 ans, le géant se laissé terrassé par l’enfant.  Moi qui lui peigne ses cheveux plus si nombreux. Lui qui fait du gâteau et moi qui lèche le plat. Nos parties de pêche. Nos tours à vélo. Les fois où il me tirait sur un traineau en hivers. Moi assise sur le plan de travail de leur chalet avec lui qui vide un poissons que nous avons péché ensemble. Les trajets dans sa Renaud 4L. Nos parties de pêche où je ne sers à rien mais dont ma présence est une tel fierté. Moi jouant dans son atelier.

Rendez-le-moi.

Je veux retourner dans ses bras, encore une fois. Je veux encore une fois ses bisous tous doux. Je veux encore une fois qu’il me fasse un steak haché frittes à Noel au repas de famille parce que j’ai vomi le morceau de langue de bœuf que j’avais dans mon assiette. Je veux qu’il remette encore des cadeaux sous le sapin en pleine nuit alors qu’il savait que je luttais contre le sommeil pour voir le Père Noël. Je veux encore son rire, sa voix, son odeur de tabac froid. Je le veux si fort.

Et ça s’en va pour toujours cette nuit-là. On est en début mars le 6 ou le 9, je ne sais plus. C’est trop douloureux de me souvenir de la date. Il aurait pu attendre avril pour mourir.  Il aurait pu me laisser encore un anniversaire avec lui. Je lui avais fait écouter le marchand de cailloux la veille. Il avait souri. Je sais que ce sourire lui a couté cher. Il était au bout du rouleau. Je ne sais plus écouter cette chanson de Renaud sans ressentir l’intense vide de son absence.

J’ai encore cette petite fille au cœur brisé en moi. Ce trajet-là, j’ai pleuré sur toute la route. J’avais mal à la gorge.

Ont arrivé tard en Moselle, il faisait déjà nuit. Ils m’ont déposé chez ma marraine, la fille de mon grand-père. C’est son mari qui s’est occupé de moi. Mais un peu plus tard, j’ai entendu tout le monde rentré. Ma marraine, mon père, ma mère, ma grand-mère. Il allait dans la cuisine. Il y avait des larmes, des visages dans la pénombre, de la gravité et du silence. J’ai perdu à cet instant-là, définitivement un bout de moi. Un éclat de mon cœur est à jamais parti.

Le lendemain matin mon père m’a annoncé au niveau de la porte entre le jardin de mes grands-parents et de ma marraine qu’il était mort. Il m’a dit « cette nuit, il est mort ». J’ai juste demandé s’il avait eu le temps de lui offrir mon cadeau. Mon père m’a dit que oui. Qu’il eût sourit et qu’après ils ont quitté la chambre car il a dit adieu à ma grand-mère et qu’il avait des choses à lui dire juste à elle. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais j’ai envie de croire que ça l’est. Il m’aimait. C’est tout ce qui compte.

Ce jour-là, je suis allé dans l’atelier de mon grand-père. C’était un ancien poulier avec des clapiers à lapins qu’il avait transformé en atelier pour bricoler. Il y avait de la sciure de bois. C’était son refuge. Et je pouvais y jouer. Je me souviens que mes barbiers ont fait du ski sur un tas de copeau de bois. Je vais vers l’armoire au fond dans la pièce arrière de cet atelier. La partie qui était un poulailler. J’ouvre l’armoire. Je suis seule dans ce lieu. Je sens sa présence là. C’est là ou j’ai passé tellement d’heure avec lui, à jouer près de lui. Il a encore le porte manteau que j’avais fais avec 3 clou plantés dans un bout de bois. Le plus mauvais porte manteau du monde. Il l’avait gardé. Et sur la parois en métal de l’armoire à outils. Il y a plein de chiffre écris à la craie en hauteur… et un dessins que j’ai fais-moi. Tout en bas. Un dessins qui date d’au moins 3 ou 4 ans. Il l’a gardé.

Comment vais-je survivre sans lui ?Je sors de là. Je ferme à clef l’atelier. Je remets la clef à sa place. Je veux juste qu’on me le rende. Qu’on revienne en arrière. Je vais sous la terrasse. Je regarde son tracteur tondeuse qu’il n’a plus sortie depuis que ma marraine à fait construire à côté. Il est loin le temps où j’étais sur ses genoux. Au plafond de cette espace juste au bord. Il y a ce truc en métal qu’il avait fait pour lui pour faire des tractions. Il ‘avais transformé en balançoire pour moi, juste parce que j’avais demandé une balançoire. Il y a encore mon vieux tracteur de quand j’étais toute petite, peut-être 3 ans. J’ai descendu la balançoire, et je me suis laissé bercé. Je me suis souvenu de lui que me poussait inlassablement. Je me suis souvenu de Inka son chien avec qui j’ai joué dans cette cours. Mes larmes coulent. Je suis seule. On m’appelle. Il a dû se passer une ou 2h. Il ne reviendra plus.

Son absence est une blessure bien plus douloureuse que certaines violences subit. Il était l’incarnation de l’amour inconditionnel pour moi. Il était mon phare. Il a allumé en mois cette bougie d’espoir. Il m’aimait. Je suis lucide sur lui. Il a été un mauvais père, un grand-père probablement en carton pour ses autres petits enfants. Il n’a pas su être un protecteur, pourtant il pleurait quand mon père m’engueulait. Il a surement été au courant que je prenais « cher » et n’a pas su agir mieux que d’autres. Il n’a probablement pas voulu faire de vague. Mais, parce qu’il m’a voulu tellement de bien, je m’enfiche. Il est plus important pour moi, qu’il soit le héros de mon enfance.

Mais, le beau qu’il a laissé en moi, tous ces souvenirs que je reparcours inlassablement sont si constitutif de ma résilience. J’ai juste de l’amour pour lui. Il m’aimait, quoi qu’on me dise, il était mon grand-père et sa lampe de mineur est chez moi. Il aurait été un arrière-grand-père merveilleux. Il aurait eu une merveilleuse relation avec Leto et Téthys.

J’ai envie d’écrire aussi ces beaux souvenirs…avec lui. Bientôt.

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