Galeiliante
Galeiliante

Tondre la pelouse

C’est une époque très lointaine. Ma marraine n’avait pas encore fait construire sa maison sur le terrain qui est sien à coté de chez mes grands-parents. Il est temps de tondre l’herbe. Il y a une porte énorme, bleu, qui permettrais au tracteur-tondeuse de passer, sur le côté droit de la maison de mes grands-parents. Cela donne un accès direct dans leur cours. Il y a là un bric à braque d’outils, de machines. Mon grand-père ouvert la porte. C’est le signe ! En route.

Je pense que nous sommes au printemps, il ne fait pas assez beau pour être en été et trop beau pour la saison automnale. Il fait doux et une légère brise fraiche caresse ma peau. Je me souviens de la lumière, vive, chaude. Les couleurs pétillent de joie. Il y a dans l’air l’odeur de la vie unie grandit, des oiseaux qui chantent. C’est magique.

Inka aboi, le chien de mes grands-parents.

Il m’invite à venir avec lui sur le tracteur. Je suis assise sur ses jambes sur cet engin. Nous roulons jusqu’au bout du terrain de ma marraine puis nous tournons. J’ai toujours l’impression d’être au bout du monde quand nous sommes là, il n’y a pas de grillage ou de séparation entre les deux espaces. Mon corps vibre, rebondit sous les bosses et cabosse de ces parcelles. Ceci nous permet de remonter sur la moitié du champ de mon grand-père. Il y avait plein d’arbres, quand je regarde cette maison en vue aérienne via google map, ces arbres sont majoritairement absents et j’en suis triste. Au revoir les prunes, les cerises, les pommes, au revoir lieu de rêverie, interstice onirique au milieu du biotope terrifiant. Nous arrivons à la moitié du terrain de sa maison, l’autre moitié étant occupé par un jardin où ils cultivent ses légumes.

Je me souviens mes petites mains qui tiennent le volant. Officiellement, c’est moi qui conduis, en réalité ses mains s’assurent de notre sécurité. Il m’embrasse sur la tête. Il me parle, me guide. Je suis le rythme du chef d’orchestre bienveillant.

J’ai ris, tellement ris. J’ai aimé, tellement aimé ces moments. Ils ont eu lieu jusqu’à ce que ma marraine construise. Et ce bout d’enfance est parti. Il ne pouvait plus sortir cette tondeuse par là. Je ne sais pas comment il a continué, je n’étais plus convié. C’est juste quelque chose qui n’existe plus après. Clap de fin triste.

C’est un peu comme tout, petit à petit, cela n’a plus exister. Il est mot quand j’étais trop jeune… Il m’a connu une dizaine d’année. Il m’a offert des capsules hors de la vie, pleine de joie et de magie. Il me manque autant qu’un humain puisse manquer. Il est constamment près de moi. Sa lampe de mineur est là, dans mon salon. Je lui parle souvent dans mon cœur. Si je dessine des arbres, c’est parce qu’il avait un arbre de vie et qu’il y tenait.

Il n’a pas été un bon père avec ma marraine. Il n’a pas su la protéger. Je sais qu’il n’a pas agi pour me sauver de la réalité de ma vie. Mais jamais il ne sera pas sali dans ma tête. Pas parce qu’il était parfait, je suis lucide, mais parce qu’il m’a offert des bouts d’enfance. Il m’a offert de la vie là où je n’avais qu’une sensation de progresser dans une vie sclérosée par la peine.

Il m’a dit une fois qu’il m’aimait. Il me la montré à chaque occasion.

J’aime l’herbe grasse verdoyante qui est illuminé par un trait de soleil de printemps. Il y a dans cette image tous les rires d’une petite fille qui conduit une tondeuse. J’aime l’odeur de l’herbe fraiche, et à la fois, elle me rempli de tristesse. La tristesse de son absence trop souffrante, toujours à vif.

Il me manque. Il aurait été génial avec mes enfants Il m’aimait pour ce que j’étais et comme on doit aimer une enfant. Je m’y suis accroché avec réalisme. Il fut ce qu’il fut pour d’autre mais pour moi, c’est l’ange gardien de ces morceaux volés fait du sucre de l’enfance tel que cela aurait dû être.

Écrire ce souvenir est dur. Parce que je vis avec la peur qu’il m’échappe. Il m’est précieux, aucun mot n’a l’intensité de l’émotion que je vis. Aucun mot n’illustre la chaleur du soleil sur la peau de mon visage et la crasse du vent. Ni zéphir, ni spectateur de ces moments hors du monde n’ont les mots.

Articles similaires

Partagez ce billet

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email
Partager sur tumblr
Partager sur whatsapp

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

août 2020
L M M J V S D
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Articles récents

Catégories

Étiquettes

Archives

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Méta

%d blogueurs aiment cette page :