Galeiliante
Galeiliante

Ce qui constitue nos histoires

J’ai envie de partager une réflexion que j’ai eu lors de ma séance de thérapie aujourd’hui et qui me touche profondément dans mon existence, dans la récurrence du vécu.

Il est normal que les gens racontent ce qui est constitutif d’eux. Si avoir été en voyage au USA a été marquant, avoir été en vacances chaque hiver à la neige dans chalet au plein milieu les Alpes vous a influencé dans l’être que vous êtes aujourd’hui, c’est normal d’en parler, humain, acceptable et attendu. Mais qu’en est-il de moi et des autres enfants, ados, adultes, blessés, déchiquetés, émincés, morcelés ? Nous sommes relégués au silence, au devoir de ne pas dire, de pas heurté la bonne société de cette sombre réalité.

Nous nous devons au mutisme, à l’euphémisme, à l’effleurement, à l’abstraction. Mais surtout, ne pas trop en dire et ne pas donner plus d’importance que cela a ce vécu, et puis finalement se taire et arrêter de faire la victime.

Et là, je n’en peu plus. C’est le devoir de ne pas exister dans sa complétude. C’est une part de moi, importante qui fait que je suis celle que je suis aujourd’hui. Non, je ne fais pas mon Caliméro. Je veux juste pouvoir dire que « mon père m’a torturé ainsi que ma mère par des viols, des maltraitances, des effractions de tout ce qui fait l’intimité. Et si je suis moi, c’est aussi parce que j’ai vécu ça. » Rien que ces mots doivent s’envoler dans un nuage invisible qui ne se dit pas. Alors donner du réel dans les conséquences : on me hurle qu’il faut faire silence.

Si je suis féministe, engagée, présente pour mes proches, attentive, en constance réflexion… C’est dû à ces années de tortures. Si je suis incapable de faire soigner mes dents ; envahi par le psoriasis ; dans un vécu complexe sur les bruits ; obliger d’avoir de la musique pour marcher dans la rue ; regarder des même série, films en boucles ; épuisée, sans énergie mentale ; avec un corps obèse en carapace défensive ; étudiante en psychomotricité, doula, monitrice en portage, masseuse ; que je lis autant et j’en passe… Toute mon enfance, adolescence ont fait que je suis celle que je suis. Personne, et moi encore moi, sollicite des larmes en disant son histoire. Ce n’est pas le but. C’est juste exister, le droit d’exister.  C’est juste l’important de ma vie, autant que le voyage en Russie que tu as peut-être fait.

Je suis moi. Être moi, c’est être là où j’en suis et de là d’où je viens.

Le devoir aphonique ce n’est que pour le confort de l’autre, ne pas exister, le droit de ne pas voir la vérité en face. Et Stop !

 Il est vital que les gens sachent ô combien ces violences, ces sévices constituent l’être, autant que toutes les belles expériences. L’horreur aurait pu faire de moi un monstre. Je suis blessée, amputé d’une part de moi à vie. Mais je suis quand même dans le genre humain. J’ai le droit d’exister, oui je répète ce mot inlassablement, sans devoir me taire dans un bus parce que je dis « oui, être victime de pédophilie, d’inceste ça abime » à une amie. Toute ma vie, quand j’ai franchi le mur du son interdit pour dire, on m’a remis dans l’enfer du motus et bouche cousue.

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